La Pentecôte

Homélie : La Pentecôte- année A – 31 mai 2020

Feuille de chants afin de pouvoir suivre la célébration.

Lectures : Ac 2, 1-11       Ps 103        1 Co 12 3b-7.12-13       Jn 20, 19-23

Introduction :

Chers frères et sœurs,
Bienvenue pour cette messe de la Pentecôte. 50 jours après Pâques, les apôtres ont reçu l’Esprit Saint sous forme de langues de feu, lors de la fête de la Pentecôte. Grâce à Charbel Matta, nous avons au fond de l’église, une belle image de ces langues de feu. Regardez-là : après presque deux mois et demi du confinement, nous nous retrouvons ensemble dans l’église. C’est un moment spécial et inoubliable pour chacun d’entre nous. En ce moment, pensons spécialement à tous ceux qui n’ont pas pu être avec nous. Rappelons-nous que, où que nous soyons, que ce soit dans l’église, à la maison, devant nos ordinateurs ou nos télévisions, en train de regarder les célébrations, nous sommes tous unis dans un esprit de communion grâce à l’Esprit Saint.
Au début de cette eucharistie, rappelons-nous les moments où nous avons bloqué et empêché l’Esprit de Dieu de travailler en nous et à travers nous et demandons le pardon du Seigneur.

Homélie :

                        Il y a quelques années, lors d’une conversation avec une interprète au Parlement Européen à Bruxelles, qui parlait plusieurs langues, je lui ai demandé : « Comment se fait-il que tu parles et interprètes cinq langues aussi facilement et couramment ? ». Sa réponse très tranquille m’a à la fois surpris et marqué. Elle m’a répondu, « Parler et interpréter plusieurs langues est le don de l’Esprit Saint pour moi. C’est mon charisme ». Enfin, elle a ajouté, « c’est aussi ma passion ». Je ne m’attendais pas du tout à une telle réponse, qui d’un seul coup me parait étrange. Elle n’a pas parlé de son apprentissage, de sa formation intellectuelle et de ses diplômes, mais elle a tout attribué à l’Esprit Saint.

Un Esprit de courage et de force
Toutes les lectures d’aujourd’hui parlent de l’Esprit Saint et montrent la manière dont il est venu sur les apôtres. « Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint (Ac 2, 2-4) ». Quand on parle de l’Esprit Saint, nous avons tendance à le limiter à des images de souffle, d’air, de vent, de langues de feu, et enfin à l’image de la colombe car l’Esprit est venu sous cette forme lors du baptême de Jésus. Mais la Pentecôte, plus qu’un événement extérieur, est un événement intérieur décisif car elle est la prise de possession du cœur des apôtres par l’Esprit Saint qui les a purifiés, sanctifiés, fortifiés, régénérés et transformés. Leurs cœurs n’étaient plus timorés et timides mais sont devenus audacieux par la flamme de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint a chassé toutes leurs peurs. Ce dont nous avons besoin en ce moment particulier où certains sont habités par la peur d’une pandémie, celle de rencontrer les autres, c’est de cet esprit de courage, de confiance et d’assurance. Comme le dit S. Paul à Timothée, « Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération » (2 Tm 1, 7).
Dans l’évangile, à deux reprises Jésus dit à ses disciples, « La Paix soit avec vous » (Jn 20, 19, 21). La peur nous paralyse mais la paix venant de Dieu nous libère des chaînes intérieures qui nous empêche d’aller de l’avant.
Une fois que les cœurs des apôtres ont été remplis de force et de courage par les langues de feu, la première transformation qui leur est arrivée, c’est que leurs langues de chair ont été déliées, libérées et fortifiées pour s’exprimer selon le don de l’Esprit. Leurs langues exprimaient l’abondance de leurs cœurs. Les autres non seulement les comprenaient mais surtout étaient captivés par leur discours. En d’autres termes, on peut dire que l’Esprit Saint leur a accordé la capacité de se faire comprendre. Malgré leurs différences culturelle et linguistique, tous ceux qui écoutaient les apôtres les comprenaient dans leurs propres langues. En ce sens, la Pentecôte est le contraire de l’évènement de Babel qui vit la confusion des langues et la dispersion des gens (Gn 11, 9).

Un Esprit d’unité
Quand la communication est claire, communier entre les gens devient facile. Autrement dit, l’Esprit Saint non seulement rend la communication facile mais permet la communion, l’unité entre personnes de différentes cultures, races, langues et pays etc. Dans la deuxième lecture St. Paul souligne que, « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit » (1 Co 12, 4). La variété des dons n’empêche pas l’unicité de leur source : le même Esprit de Dieu. Au sein de l’Eglise, il y a une diversité de ministères, d’activités, de vocations mais nous sommes tous unis dans le même corps du Christ animé par le même Esprit. Dans la compagnie de Jésus, nous avons cette expression : « l’union des cœurs ». Ensemble nous pouvons tout accomplir. Le monde actuel et même en certains lieux, l’église, est marqué par la division et la dispersion. Bien souvent, nous perdons énormément de force et d’énergie en disputes et divisions dans nos familles, communautés et dans notre société. En ce temps de pandémie, ce dont nous avons besoin, c’est de cet esprit d’unité et de communion. Si nous unissons nos cœurs dans la prière et travaillons ensemble avec un même esprit, nous pouvons certainement témoigner de la différence et de la guérison dans le monde.

Un Esprit de don et de disponibilité
Enfin, dans la deuxième lecture, il est dit que « A chacun est donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien » (1 Co 2, 7). Les trois versets mentionnant les dons de l’Esprit Saint méritent notre attention : « À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter » (l Co 2, 8-10). Chacun d’entre nous est doué pour une chose ou l’autre. Un proverbe africain dit que « Les oiseaux ont reçu des ailes pour voler et non pour faire beau. » De même, nos dons ne sont pas là pour être gardés jalousement mais pour être donnés, mis à la disposition, au service des autres, du bien commun. Durant ce temps, l’église et la société ont vraiment besoin de vos dons et de votre disponibilité pour différents services. Vous êtes les membres et le corps de l’église. N’ayez pas peur de vous donner. Car comme le dit la Bible, « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Ac 20, 35). « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Co 9, 7).

Chers frères et sœurs, en ce jour de la fête de la Pentecôte, jour de la descente de l’Esprit Saint, jour de la naissance de l’Eglise, prions pour que nous soyons remplis de cet esprit de courage, d’unité, de disponibilité et de générosité. Amen.

Ashok BODHANA sj