Jeudi Saint

Homélie : Jeudi Saint – année A – 9 avril 2020

Le Père claude Charvet nous propose deux homélies: la première est plus destinée aux jeunes de Tivoli, la seconde correspond au Jeudi Saint en temps de confinement.

Lectures : Ex 12, 1-8.11-14       Ps 115        1 Co 11, 23-26       Jn 13,1-15

Un signe et un exemple : voilà ce qui nous est proposé ce matin dans ces récits qui fondent notre foi.

                         Le signe : Le lavement des pieds…Chacun de nous a le souvenir heureux du temps du bain le soir quand on était petit : quitter ses vêtements, entrer dans la baignoire ou la douche, trouver la bonne température de l’eau, se savonner, s’arroser, sentir l’eau couler et purifier son corps, chanter, jouer, accepter de sortir, être séché par papa ou maman ou mamy avec des fous-rire et des calins…Pierre dans notre évangile a du passer du bon temps dans son bain quand il était petit et après aussi… Mais, aujourd’hui, Jésus propose seulement le lavement des pieds : c’est un peu moins ludique; c’est même très solennel :Jésus se lève, dépose son vêtement, prend un tablier, verse de l’eau dans le bassin, et se met à faire un geste inhabituel pour un maître de maison : laver les pieds de ses disciples..En notre période de confinement, nous avons dû réapprendre, en famille comme au travail ou en télétravail, à nous laver les mains longuement, plusieurs fois par jour avec du savon ou avec du gel, en pensant que c’est un geste vital pour notre santé mais aussi pour la santé de notre famille et de ceux que nous rencontrons…C’est vraiment de notre responsabilité personnelle de le faire. Il en va aussi de la santé de tous que de l’accepter et de jouer le jeu du bien commun, sinon notre terre meurt… Et je trouve que çà marche :, chacun de nous cherche à aider l’autre à tenir quand il fatigue pour que en jouant, en chantant, en inventant des histoires ou en regardant des films ensemble, nous nous aidons à surmonter nos peurs, nos échecs et nos angoisses; il y a bien des moments difficiles où tout peut partir en vrille mais on arrive à tenir depuis maintenant 4 semaines… Accepter de se laver les mains devient un signe, comme le lavement des pieds : je ne peux respecter l’autre qu’en prenant soin de moi-même…En prenant soin de moi, je prends soin de tous…

                         Un exemple : quand Jésus remet son vêtement et reprend sa place à table, il essaie de faire comprendre à ses convives ce qu’il vient de faire : “c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous”… Si Jésus choisit de me laver les pieds comme un signe de vie, il m’invite aussi à choisir de nous laver les pieds les uns des autres comme une façon radicale de donner la vie et de choisir donner un sens sa vie… Sortir de moi-même pour rencontrer l’autre y compris dans sa plus grande fragilité, se mettre à genoux comme Jésus devant Pierre pour l’aider à traverser ses colères, ses contradictions, ses reniements : Jésus lui montre qu’il peut l’aimer y compris avec ses ténèbres et ses dragons intérieurs… En plus, en préparant mon baptême ou ma première communion, ma profession de foi ou ma confirmation, je comprends mieux que Dieu m’aime vraiment personnellement, qu’il me fait découvrir Jésus comme un compagnon de route et même un premier de cordée, qu’il me laisse aussi son Esprit Saint dans lequel je suis baptisé et confirmé comme une force intérieure, un dynamisme qui me fait grandir et me donne la joie d’aimer à mon tour…

Un signe et un exemple voilà ce qui nous habite ce soir…Nous prenons le temps de laisser reposer ces récits en chantant : comme lui…

Claude Charvet sj

HOMÉLIE JEUDI SAINT 2020 EN PÉRIODE DE CONFINEMENT

                         En ce Jeudi Saint, nous sommes invités à nous souvenir, à faire marcher notre mémoire non seulement des autres jeudis saints que nous avons vécu dans de grandes églises, avec des assemblées nombreuses, avec les prêtres à qui on souhaitait une bonne fête, avec des personnes qui faisaient leur première communion, avec ces longs temps de prière silencieuse le soir pour accompagner Jésus au Jardin des Oliviers… Aujourd’hui, nous sommes invités à nous souvenir aussi de ces jours de confinement pour y relire, à la lumière de ces textes fondateurs, comment Jésus est bien présent à ce que nous vivons :

                         Contre-pied : comme Pierre est pris à contre-pied et refuse de se faire laver les pieds par Jésus parce qu’il a suivi un Maître et non pas un esclave, nous avons été pris à contre-pied par le virus : la petite chose invisible, incontrôlée et incontrôlable, se répand sur toute la terre : plus de frontière ni de continent, plus de différence d’âge ni de condition sociale, mais,  comme d’habitude, les plus fragiles et les plus pauvres sont les plus atteints, ceux qui ne peuvent pas s’isoler et qui doivent rester dans des habitats communs deviennent les plus vulnérables…Nous sommes une seule humanité,  unique, variée et interdépendante, mais une humanité malade,  blessée, angoissée.  …Même pris à contre-pied, nous voulons marcher ensemble pour lutter : le confinement est à la fois pour notre protection personnelle et la protection des autres, nous nous aidons à surmonter nos peurs et nos angoisses, nous nous organisons pour donner un coup de main ou un coup de fil  à ceux qui sont proches ou lointains; nous nous encourageons à tenir la longueur de l’épreuve comme dans un marathon où les 10 derniers kilomètres sont beaucoup plus longs que les 30 premiers… Nous pouvons être reconnaissants de voir la sensibilité de tant de personnes ou d’organisations qui se lèvent pour vivre de vraies solidarités aussi bien chez les jeunes, les adultes et les personnes âgées dans tous les secteurs de la société… C’est donc vrai que l’exemple de Jésus qui lave les pieds de ses disciples est aujourd’hui vécu avec un grand dynamisme par tant de gens…

                         Aimer jusqu’au bout : le confinement nous empêche de rencontrer les personnes qui sont dans les EPADH ou les maisons de retraite, de recevoir les enfants et petits enfants pour les vacances, les plus de 70 ans deviennent des personnes à risques et ne peuvent plus rendre les services qu’elles rendaient… Peut-être que la difficulté la plus grande est de ne pas pouvoir accompagner jusqu’au bout ceux qui meurent et de ne pouvoir assister à leurs funérailles. Et pourtant, nous sommes invités à consentir que ce n’est plus en faisant les choses que nous pouvons être encore utiles, mais c’est en portant dans l’affection et la prière ceux qui partent si vite sans nous… En étant reconnaissants aussi pour la compétence, la générosité et l’humanité de ceux qui sont en première ligne et qui recueillent le dernier souffle de ceux qui meurent; nous sommes invités aussi à porter dans l’espérance ceux qui cherchent les remèdes, fabriquent les médicaments, les distribuent ; nous sommes bouleversés par le travail et la créativité de ceux qui nous permettent de nous nourrir, de nous détendre, de communiquer si facilement… Nous pouvons rendre grâce pour ceux qui, professionnellement et politiquement, prennent des décisions difficiles en vue du bien de tous…souvent au péril de leur santé… Nous avons tant d’exemples chaque jour de personnes qui nous montrent ce qu’est aimer jusqu’au bout…

Pour que vous croyiez… Il nous est donné de contempler la puissance de la foi en Jésus, les liens solides qui unissent les croyants, la puissance de l’Esprit qui nous pousse à nous parler, à nous réconcilier, à avancer vers l’unité… Tant de personnes prient ensemble grâce aux nouveaux moyens de communication, cette foi qu’ils ressentent au plus profond de leur coeur et qu’ils arrivent à partager de façon nouvelle… Il nous est donné aussi de découvrir combien la Parole de Dieu lue et méditée nous donne accès à une vie intérieure inconnue, un lien personnel à Jésus qui est bien l’Emmanuel, Dieu avec nous…

                         Ce Jeudi Saint peut être vraiment le moment pour faire mémoire de tous ces mots, ces visages, ses gestes qui depuis 4 semaines nous font avancer, dans l’inconfort mais dans l’espérance que nous ne sommes pas laissés à nos propres forces dans la tempête, mais que Jésus est bien avec nous, qu’il nous donne de nous souvenir des ses derniers gestes au cours de son dernier repas, du corps et du sang dont nous pouvons nous nourrir physiquement pour quelques uns, spirituellement pour beaucoup d’autres… C’est lui qui se donne jusqu’au bout encore aujourd’hui pour que nous soyons nous aussi  des vivants et des amoureux de chaque instant.

Claude Charvet sj