Méditations ou célébrations

Samedi de Pâques, le 18 avril 2020, Mc 16, 9-15, par P. Joseph LACRETELLE sj

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Tout au long de cette semaine-ci, semaine commencée avec la fête de Pâques, les passages d’évangile choisis pour la messe quotidienne nous ont invités à nous mettre en présence de Jésus, de Jésus passé par la mort et se montrant ressuscité ., au-delà de celle-ci. De Jésus se manifestant comme vivant, bien réellement, mais d’une manière nouvelle bien différente d’avant sa mort sur la croix, affranchie des conditions que nous connaissons.  Une vie qui est bien en continuité de celle que nous vivons dans l’espace et le temps, et cependant affranchie des limites de l’espace et du temps.

Le passage d’évangile choisi pour la messe de ce samedi matin insiste sur deux aspects  ,qui se retrouvent lors des  rencontres de jésus avec ceux auxquels il se manifeste : d’une part leur incrédulité ou leur difficulté à croire, à faire confiance à ce qui leur est révélé, et d’autre part la confiance que leur fait Jésus. Ils sont incrédules ou très lents à croire, mais Jésus malgré cela ne les rejette pas et leur fait confiance, il les charge de mission.

Hormis le disciple Jean qui en découvrant que le tombeau est vide  se met à croire ( l’évangéliste nous dit « il vit et il crut »), hormis Marie de Magdala qui lorsqu’elle s’entendit appelée par son prénom « Marie » par l’homme qu’elle prenait pour le jardinier, reconnut en lui Jésus et lui dit rabbouni, les autres commencèrent à douter lorsqu’il leur était annoncé que Jésus, ( qui était passé par la mort que l’on sait), était vivant au-delà de sa mort !

Je crois que cela est pour nous une invitation à nous faire tout petits, à laisser tomber les  considérations étroites  de notre faculté de raisonner, à reconnaître que notre  capacité de comprendre a ses limites, et que nos interrogations intérieures  qui sont pourtant tout à fait valables appellent à être éclairées d’une lumière qui n’a pas son origine en nous et qui , cependant, loin de nous amoindrir nous révèle un au-delà qui éclaire notre existence.

Les disciples de Jésus ont vécu quelque chose comme ça, accueillant progressivement au-delà de leurs raisonnements, une lumière qui se faisait en eux, secrètement, par le don de l’Esprit répandu par le Seigneur en sa mort même. Oui, c’est pour nous une invitation à nous faire tout petits et à demander au Seigneur sa lumière. Que son Esprit saint fasse jaillir en nous sa lumière.

De plus en plus nous nous remémorerons la manière dont Dieu s’est progressivement formé, au long de l’histoire, un peuple témoin de son alliance et comment enfin il s’est inséré lui-même, dans cette histoire de l’humanité en y prenant chair et en y acceptant de donner sa vie en  mourant sur la croix .

Alors de plus en plus nous pourrons découvrir le fondement de notre existence, le pourquoi de notre existence : c’est que nous sommes aimés d’un amour infini qui veut nous faire prendre part à ce qu’il est, un amour qui nous offre toujours son pardon, si nous voulons bien l’accueillir, un amour qui nous envoie inviter tous les hommes à l’accueillir.

Oui, de plus en plus, il nous fera reconnaitre et accueillir le don de son Esprit et entendre la mission qu’il nous confie : « allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création ».

Amplitude des destinataires : toute la création a à entendre la bonne nouvelle : allez dans toutes les parties du monde, tous les milieux, toutes les cultures, ne laissez dans l’oubli aucunes populations de  notre globe, ne laissez dans l’oubli aucun domaine d’activités, à tous enseigniez par la parole mais d’abord par vos actes la bonne nouvelle de l’amour de Dieu qui veut combler les cœurs et animer toutes les relations : au sein de la famille, dans la vie en société, dans le monde politique, économique, dans les relations sociales, toujours à travers le souci de la justice, dans le respect du monde qui nous entoure et qui est notre maison commune.

La mort et la résurrection de Jésus nous invitent à faire en sorte qu’aucun secteur de l’activité humaine ne soit dévié  de ce qu’il doit être par des agissements  qui détruisent les personnes et empêchent leur juste croissance.

Ce temps de confinement  que nous vivons actuellement nous aide sans doute à mieux réaliser quelle interdépendance de tous et de chacun jusqu’au niveau mondial. Ce peut-être pour nous une prise de conscience nouvelle ou du moins renouvelée des liens qui nous relient  les uns aux autres, et une invitation à demander la grâce de mieux discerner comment nous pouvons répondre à l’appel du Seigneur ressuscité ; il nous dit : je vous envoie dans le monde, le monde entier, dans tous ses domaines  porter la bonne nouvelle de mon amour qui appelle chacun à vivre dès maintenant en fils et fille de Dieu, en frères et sœurs les uns des autres.


Pour prendre un moment de rumination intérieure, d’accueil intérieur de cette présence appelante du Christ ressuscité et de son envoi, je peux me situer au cœur de ce monde , en me remémorant les moyens de communication qui sont à ma portée , comme peut-être le téléphone, la radio, internet, le journal, les personnes que je rencontre… et je peux  me rendre attentif à  toute la population mondiale dans sa grande diversité. Rendre celle-ci présente à mon esprit et me rappeler les paroles du Christ : « Proclamez l’évangile à toute la création. »

—Je peux regarder à qui s’adresse le Christ ?

A des gens qu’il avait appelés et qui un jour ou l’autre l’avaient oublié, l’avaient lâché, ou même renié et qui doutent encore de sa présence toute nouvelle, des gens qui ont du mal à quitter leurs évidences premières.

—Et je peux regarder ce que fait le Christ : comment il les charge de mission. Regarder la confiance qu’il leur fait, la confiance qu’il me fait.

— et je peux me demander : Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ?

— M’entretenir avec lui, le Christ.

P. Joseph LACRETELLE sj