21ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du 21ème dimanche du temps ordinaire – année B – 26 août 2018

Lectures : Jos 24,1-2a.15-17.18b     Ps 33     Ep 5,21-32     Jn 6,60-69

                     Nous terminons la lecture de l’évangile de Jean au chapitre 6 sur le pain de vie que nous avons lu durant 5 dimanches consécutifs. Aujourd’hui, une question violente nous est posée : voulons nous suivre le Christ oui ou non ? Mais si nous voulons le suivre, qu’est-ce qui nous motive à le suivre ?

  • De nos motivations à servir Dieu

                      Reprenons le parcours. Dès le début du chapitre 6, toute la foule voyant les miracles de Jésus s’était mise à le suivre. Jésus traversa le lac de Galilée. Il gravit la montagne et s’assit avec ses disciples. Alors levant les yeux il vit une grande foule venir à lui. Comment donner à manger à tant de monde. Ce sera la multiplication des pains. La foule est ravie mais Jésus, voyant qu’on voulait s’emparer de lui pour le faire roi, va s’enfuir à nouveau seul dans la montagne. Ses disciples, le soir venu vont reprendre leur bateau pour passer de l’autre côté du lac de Tibériade et revenir sur Capharnaüm.

                        Jésus se retire, cela provoque une incompréhension générale. En effet un roi qui guérit les foules et qui est capable de donner à manger à plus de 5000 hommes n’est-ce pas un bon roi ? Tout le monde est près à servir un tel roi. La foule a du mal à comprendre pourquoi Jésus n’accepte pas cette proposition. N’est-ce pas une offre correcte où toutes les parties sont gagnantes ? Comme on dit facilement c’est du « gagnant-gagnant ». Cependant, Jésus voit le piège et refuse que l’on mette la main sur lui. Le piège est simple : au lieu de dépendre de Dieu, on veut se servir de Dieu. Aussi, nous voulons bien aimer Dieu et le servir si c’est à notre avantage, si c’est notre intérêt, si Dieu répond à nos demandes dans la prière, telles que nous les souhaitons. Mais si Dieu ne répond pas comme nous l’avons imaginé nous nous mettons en colère et en voulons à Dieu. Certains, suite à ce qu’ils croient être un « non-exaucement » de leur prière coupent toutes leurs « relations diplomatiques » avec Dieu. Je n’oublie pas cet homme, qui un jour, alors que je visitais les malades dans le service d’oncologie, m’avais dit : «  Comment voulez-vous que je crois en Dieu après tout ce qui m’arrive ». Pour lui c’était la preuve évidente que Dieu n’existait pas.

  • Laisser Jésus purifier mes motivations

                       Reconnaissons que la tentation est grande de servir Dieu par intérêt et non par amour de Jésus. Dieu nous aime et il nous invite à lui rendre amour pour amour. Avant de le servir Dieu nous demande de l’aimer. Il nous est bon de remarquer que Jésus ne choisit des serviteurs mais des disciples. Il ne les choisit pas pour faire du travail mais parce qu’il les aime et c’est parce qu’il les aime qu’il va leur confier une mission. Souvent dans notre marche à la suite du Christ il y a une ambigüité, une inversion. Au lieu d’aimer Dieu pour lui-même, nous l’aimons pour les dons qu’il nous fait. Ainsi, nous pouvons nous mettre à la suite du Christ parce que c’est notre intérêt, mais le jour où notre intérêt n’est plus là, la ferveur de l’adhésion au Christ se relâche. Cette ambigüité est réelle. Elle nous touche tous et a touché l’église dès ses débuts.

                           Cette difficulté a marqué, en particulier, l’église au 4ème siècle. Durant les premiers siècles, l’église a connu de grandes persécutions. Une grande ferveur régnait dans les premières communautés des disciples et des signes visibles de la présence de l’Esprit Saint en jalonnaient le parcours. Dans de telles communautés n’étaient baptisés que ceux qui acceptaient de rentrer dans la tourmente des persécutions. Au 4ème siècle, d’un seul coup le paysage change. Avec le temps le nombre de chrétiens avait augmenté et suite à la paix de Constantin, la religion chrétienne qui était autrefois marginalisée se trouve être reconnue. D’un seul coup, il n’y avait plus de craintes à devenir chrétien. Au contraire, être baptisé était « porteur » d’une certaine promotion dans la société. La société devint rapidement chrétienne. Cependant si le nombre de chrétiens, aux motivations diverses augmenta grandement la ferveur diminua. Aujourd’hui, nous pouvons constater qu’être chrétien n’est plus porteur. La question demeure : « Est-ce que je me mets à la suite de Jésus par intérêt ou par amour ?  »

  • Suivre Jésus par amour

                          Après que Jésus ait développé tout son enseignement sur le pain de vie, beaucoup de ses disciples déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Nombreux furent ceux qui l’abandonnèrent. En parlant ainsi ils se situaient d’égal à égal avec Jésus et même ils se situaient au dessus de lui. Comme ils ne comprenaient pas Jésus ils récriminèrent contre lui puis ils l’abandonnèrent. Nous constatons aujourd’hui la crise de désaffection religieuse qui pèse sur nous. Comme à eux, Jésus nous pose cette question :  » Voulez-vous partir, vous aussi ? « 

                          Avec Pierre nous pouvons répondre : « Seigneur à qui irions-nous tu as les paroles de la vie éternelle ? ». Pour suivre Jésus nous sommes invités à mettre la prière au centre de notre vie, à lire et à écouter la Parole, à nous retrouver chaque semaine pour partager l’eucharistie, à grandir dans la vie fraternelle et le service des autres, à grandir dans la liberté.

                            Jésus a les paroles de la vie éternelle. C’est vers lui que nous sommes invités à poser notre regard, non point un regard de supériorité mais un regard de tendresse et d’amour. Oui, Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Il nous donne son Esprit-Saint. Il est celui vers qui on se tourne pour mieux nous orienter sur notre chemin. Jésus nous invite à être à son écoute et à le suivre sur de nouveaux chemins. Jésus nous demande d’être en relation avec lui, comme un ami avec son ami afin de mieux nous tourner vers nos frères.

Christian Vivien sj