22ème dimanche

Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire – Année A – 3 septembre 2017

Lectures : Jr 20,7-9 Ps 62 Rm 12,1-2 Mt 16,21-27

                     L’Évangile du jour pose deux difficultés qui nous obligent à faire appel au discernement des esprits et à notre expérience baptismale.

>1° difficulté :

                    Comment Jésus peut-il, dans la même scène avec Pierre, reconnaître que c’est bien le Père qui lui permet de confesser que Jésus est le Messie, et ensuite, avec violence lui dire « Passe derrière moi, Satan ! ». Pierre accueillant l’Esprit du Père, confirmé dans sa mission de conduire l’Église en pardonnant ; Pierre voulant que le Messie triomphe comme David en donnant à manger à tout le peuple, en triomphant des romains, en libérant Israël pour la gloire de Dieu. Pierre consolé par l’Esprit Saint, Pierre malmené par Satan et ses rêves de Messie triomphant. Chacun de nous connaît bien ces alternances intérieures, ce combat entre le désir de « faire ce qui est bon, ce qui est capable de plaire à Dieu, ce qui est parfait » comme l’écrivait Paul aux chrétiens de Rome. Cela rend vraiment heureux et construit la communauté. En revanche, quand nous laissons nos petits dragons intérieurs tomber dans la comparaison qui empoisonne les relations, le désir de consommer qui devient une addiction, le désir d’être le meilleur en marchant sur les autres… Cela sème le trouble et la division, voir la zizanie. Jésus intervient tout de suite de façon tranchante comme dans la troisième tentation de Satan au désert, après son baptême, qui lui présente tous les royaumes de la terre avec leur gloire en disant : « Tout cela je te donne si tu m’adores ». « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celle de Dieu, mais celles des hommes ».

                     Cette intervention de Jésus est un appui pour nous faire progresser dans le discernement de nos mouvements intérieurs. Les ruses de Satan vont du côté de l’avoir plus, du pouvoir et de l’orgueil : cela peut paraître attirant de « gagner le monde entier » mais cela vaut-il le coup de perdre sa vie ainsi ? Jésus propose une autre manière de faire en venant à sa suite et en montant avec lui à Jérusalem.

2° difficulté :

                     « Renoncer à soi-même et prendre sa croix ». Cette manière de faire peut paraître bien triste, voire masochiste ou mortifère. Il ne s’agit pas de comprendre cette attitude sur un plan moral, éthique ou technique. Sinon le christianisme serait une religion repoussante, à fuir. Il s’agit, comme au baptême de Jésus, d’entendre à nouveau la voix du Père nous dire « Tu es mon fils bien aimé, en toi je trouve ma joie » et de marcher vers Jérusalem dans cette intimité avec Jésus, en faisant l’expérience que rien ne peut briser cette intimité avec Jésus et son Père. Certes, les ruses du serpent son bien là, mais avec Jésus je choisis dans le quotidien une vie plus simple, des mots bienveillants et encourageants, une façon de servir qui permet la communion et non la division, des projets qui permettent à des gens très différents de construire une communauté diversifiée. C’est ensemble que nous avançons avec Lui dans cette communion.

                     Voilà ce qui nous est proposé ce matin pour commencer l’année scolaire, professionnelle, familiale… Nous prions pour que l’Esprit de Dieu nous aide à entrer dans la manière de faire de Jésus, dans son intimité avec le Père, dans la joie de construire la communauté et le monde.

Claude Charvet sj