28ème dimanche du temps ordinaire

Homélie 28ème dimanche du temps ordinaire – année B – 14 octobre 2018

Lectures :  Sg 7,7-11     Ps 89     He 4,12-13     Mc 10,17-30

                    Aujourd’hui, à l’occasion de la messe où je remets ma charge de curé du secteur Notre Dame des Anges, Jeanne d’arc et St Victor l’église nous propose des textes qui nous aident chacun à relire notre vie et à demander la Sagesse.

Regardons l’évangile

                    J’aime beaucoup le texte d’évangile que nous avons lu. Un homme vient voir Jésus pour lui demander ce qu’il doit faire pour avoir en héritage la vie éternelle. N’est ce pas le désir de chacun de nous ? Seigneur Jésus, montre-moi le chemin que je dois prendre ? Quand on est plus jeune, la question se pose : « Seigneur que veux-tu que je fasse de ma vie ? » Cet homme n’est pas n’importe qui, il a suivi Dieu dès sa jeunesse.

                    Jésus posa son regard sur lui et l’aima. Ce regard de Jésus est étonnant. C’est un regard qui donne de la force et qui fait vivre, qui fait grandir. Dieu nous aime, il désire notre bonheur. A cet homme, qui ne doit pas être vieux, puisqu’il est à un moment où se font les grands choix de la vie, Jésus va lui dire : « va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres puis viens et suis-moi ». Cette réponse de Jésus est surprenante, elle peut nous faire peur, comme si Jésus nous voulait du mal. Non ! Jésus veut ce qu’il y a de meilleur pour nous.

                    Cette réponse est-elle la même pour tous ? Non ! Quand je regarde l’évangile, je vois que la réponse de Jésus est variée. Elle s’adapte à chacun, en particulier. A plusieurs de ses disciples Jésus a dit viens et suis-moi. C’est ce qu’il a dit à Pierre, André, Jacques, Jean Matthieu.  Par contre au paralytique descendu du toit par quatre porteurs, une fois guéri Jésus lui dit : « Prends ton brancard et rentre chez toi ». Au possédé qui voulait suivre Jésus, après avoir été libéré Jésus dit : « va dire auprès des tiens ce que Dieu a fait pour toi ».  A Bartimée, l’aveugle de Jéricho, Jésus ne dit rien, c’est Bartimée qui, lui-même, prend l’initiative de suivre Jésus sur la route. Les appels de Jésus sont donc variés et chaque fois uniques, chacun doit les découvrir et les entendre au fond de son cœur.

                    En nous appelant, Jésus nous libère de ce qui nous attache. Pour suivre Jésus, Simon et André ont laissé leur filet pour la pêche, Jacques et Jean ont laissé leur père Zébédée, Matthieu a laissé son bureau de douane. A cet homme il lui demande de vendre ce qu’il a et de le donner aux pauvres. Jésus est étonnant dans ses réponses. Si cet homme est parti tout triste rien n’est perdu. Cette tristesse l’aide à réfléchir. Il découvre que quelque chose ne va pas dans sa vie. En effet, rien ne dit que cette question ne lui a pas été reposée une autre fois. Quand Jésus s’adresse à nous il ne nous brusque pas. Il nous laisse le temps de murir la réponse afin que notre réponse soit une réponse libre.

Personnellement

                    Personnellement c’est à l’âge de 10 ans, le jour de ma communion que j’ai pensé être prêtre. Pour moi c’était une certitude. Cependant, il m’a fallu du temps pour que la réponse murisse.  Dans mon parcours j’ai rencontré un ami qui était moine, avec lui j’ai partagé ce qui m’habitait. Il m’a donné ce conseil : « Commence par faire ce que tu aimes. Tout ce que tu feras, te sera utile pour la suite ». Je l’ai toujours remercié pour cette parole de sagesse.

                    C’est à 25 ans, à la fin de mes études techniques et de physique que je suis rentré au noviciat en 1966 à Aix en Provence. Là j’ai été accueilli par Claude qui était entré plus jeune que moi. Au noviciat, j’ai découvert St Ignace de Loyola, un homme extraordinaire, un très bon pédagogue qui nous aide à choisir la vie et nous entraine sur un chemin de liberté.

                    Tout chemin de liberté passe par un lâcher prise. Par exemple pour ceux qui sont rentrés au collège cette année il a été nécessaire d’accepter d’avoir quitté l’école primaire de leur quartier. A ceux qui sont venus à Bordeaux de toutes les régions de France ou du monde  pour un travail, pour des études ou pour d’autres raisons, il faut accepter d’avoir quitté sa région et ses amis pour pouvoir s’intégrer ici à Bordeaux. Ce lâcher prise est fondamental et ouvre des chemins de vie. Sans lâcher prise, pas de vie !

Mes ministères

                    Jeune, j’ai quitté Bordeaux et sa région pour aller étudier à Grenoble puis pour rentrer au noviciat à Aix en Provence. Je pensais ne jamais pouvoir revenir sur Bordeaux. J’étais parti pour toujours. Cela m’a fait grandir. Sur mon chemin, dans les années post 68, années assez troublées, le jour de mon entrée en théologie, en septembre 1972, j’ai rencontré le Renouveau Charismatique. Cela a été chemin de vie pour moi et n’a cessé depuis de m’accompagner pendant tout mon parcours.

                    Surprise : si, jeune, j’ai quitté le Sud Ouest, je l’ai retrouvé dès mes premières missions. J’ai tout d’abord été nommé à Toulouse et sa région. J’y suis resté une vingtaine d’année. J’ai travaillé d’abord 10 ans comme prêtre ouvrier, en tant qu’électricien dans des chantiers du bâtiment et de l’industrie, puis je suis allé en paroisse. Le premier Secteur paroissial était en milieu rural, le second était très marqué par l’aérospatiale.

                    Ensuite en 1998 je suis revenu en Gironde dans le Secteur des Graves et depuis 2005, je suis ici à Bordeaux sur un Secteur tenu par les jésuites. Même si le mot paroisse est le même, je peux dire que la réalité est vraiment très différente d’un lieu à un autre. Chaque lieu est unique, chaque paroisse est unique. On ne peut les comparer. Quelle a été pour moi la meilleure paroisse ? Elle a toujours été celle où je me trouvais. Personnellement, j’ai toujours refusé de faire des comparaisons car « comparaison égale poison ».

                    Je me réjouis beaucoup d’être ici avec d’autres jésuites et avec chacun d’entre vous. Quand Pierre Salembier est parti à Athènes il a fallu trouver à la fois un supérieur pour la communauté et un curé pour la paroisse. Claude est devenu supérieur et moi curé. Le temps a passé, l’an dernier, j’étais fatigué, « je tirais la patte ». J’ai donc demandé au provincial, qui est mon responsable religieux, s’il ne pouvait pas me trouver un remplaçant. A Bruxelles, il a trouvé Ashok. Je l’en remercie et je remercie Ashok d’avoir dit oui. Je remercie également chacun de vous de l’accueillir avec joie et enthousiasme. Un nouveau chemin s’ouvre devant nous : pour lui, pour vous, pour moi. Le meilleur chemin est donc celui qui s’ouvre pour nous. Que le Seigneur bénisse notre nouveau curé et nous bénisse tous dans cette nouvelle aventure.

Christian VIVIEN sj