29ème dimanche du temps ordinaire

Homélie 29ème dimanche du temps ordinaire – année B – 21 octobre 2018

Lectures :  Is 53, 10-11     Ps 32     He 4, 14-16     Mc 10, 35-45

                    La finale du passage d’évangile lue dimanche dernier nous a présenté des disciples impressionnés face aux exigences du Royaume  « Ils se disaient entre eux : Alors qui peut être sauvé ? » Pour les sortir d’une certaine illusion Jésus déclare que « Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers » (Mc 10, 31) . On est en marche vers Jérusalem, et les disciples ont la peur aux tripes : Jésus annonce pour la troisième fois sa passion et sa résurrection.

                    La demande de Jacques et Jean se situe après ce moment, ces deux frères qu’une relation de maître à disciple lie à Jésus sont l’exemple de l’égocentrisme, de l’attachement désordonné et trop humain que dénoncent les mystiques. Ils ne sont pas immunisés contre le virus du monde, celui de la vaine gloire, de la grandeur, de la supériorité dans les rapports de forces, une tentation qui nous guette tous. Jésus doit assumer sa passion et sa résurrection avec ce que cela comporte de dramatique, mais voilà que deux de ses disciples lui demandent de siéger l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Cette scène, le récit biblique de Marc la place à la crucifixion de Jésus, « Avec lui, ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Ceux qui étaient crucifiés avec lui l’injuriaient aussi» (Mc15, 27-32), c’est là cependant , sur la croix que va se manifester la gloire du Christ, par son sacrifice d’expiation. Si Jésus accède à la requête des fils de Zébédée, il affirme néanmoins « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe où être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? »  (Mc 10,38-39).

L’intervention de Jésus à pour but de leur faire changer de perspective. C’est par grâce que Jacques et Jean ont été choisis par Jésus. Cependant enfermés dans leur ambition quant au service, ils ne peuvent se rendre compte si leur demande est pertinente ou pas . En effet nul ne sait à quoi ressemble le trône du Seigneur, ni le rôle et le rang qu’une personne qui siège à droite ou à gauche peut jouer.

                    Soutenir qu’ils peuvent boire à la même coupe et être baptisés du même baptême relève d’une prétention opportuniste  En réalité, on ne peut boire à la même coupe avec le Christ qu’après sa crucifixion et sa résurrection ; c’est cela que traduit le rite de communion, lieu par excellence de la réalisation prophétique pour ceux et celles qui ont la foi et où la prétention communautaire n’a pas sa place, car le dernier va être le premier.

                    Pour soutenir cette affirmation, Jésus évoque la manière de gouverner des hommes de son temps, une logique contraire, à la volonté divine qui inverse les rôles et les valeurs . Tel est le modèle et le chemin auquel le disciple doit être configuré : à l’image du fils de l’homme qui est venu pour servir et non pour régner sur un trône de gloire .

                    C’est là un camouflet à ses disciples qui jadis se disputaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. De ce dialogue entre Jésus et deux ses disciples nous pouvons tirer quelques orientations pour nos vies et savoir :

* Que quelques fois l’objet de notre demande au Seigneur n’est pas clair.

* Que Toute quête de pouvoir et d’autorité dans l’Église doit avoir comme finalité le service et l’union des cœurs.

* Que servir Dieu c’est se faire le serviteur ou la servante de tous, d’où peut-être ce rappel vigoureux du Pape François qui cible le cléricalisme en nous, clercs et laïcs. Si nous voulons être aptes à assumer généreusement des responsabilités dans l’Église, nous devons nous abreuver à cette source et souscrire à cette option évangélique.

Patrice Batantou sj