29ème dimanche

Homélie du 29ème dimanche du temps ordinaire –  Année A  –  22 octobre 2017

Lectures : Ex 22,20-26     Ps 17     1Th 1,5c-10     Mt 22,34-40

                    Comment sortir d’un piège sans écraser ses adversaires ? Politiquement, on connait tellement la réponse de Jésus qu’on peut la trouver d’autant plus banale que la distinction entre le politique et le religieux, entre l’État et l’Église, en France, semble un acquis républicain consacré par la séparation des Églises et de l’État depuis 1905. Un siècle de vieilles histoires… Où est la nouveauté pour nous en 2017 ?

                    Pourtant, au temps de Jésus, c’était chaud :

. Les zélotes (dont deux apôtres, au moins Simon et Judas) se faisaient un devoir religieux de ne pas payer l’impôt pour signifier qu’ils ne voulaient pas reconnaître l’empereur romain.

. Les hérodiens appuyaient le pouvoir romain en versant l’impôt.

. Les pharisiens voulaient bien payer à condition de garder leur liberté religieuse.

                    La question posée à Jésus « Est-il permis ou défendu de payer l’impôt à César? » est d’autant plus insidieuse qu’ils l’enveloppent dans des compliments totalement justes mais tellement dégoulinants de bonnes intentions. C’est vrai que Jésus est venu rendre témoignage à la vérité, qu’il est le chemin qui conduit vers Dieu, qu’il regarde les hommes non pas en fonction de l’apparence, de l’image extérieure qu’ils donnent, mais en cherchant son regard qui part du cœur. Quelque soit sa réponse, Jésus se met à dos une partie de ses auditeurs.

                    Sa réponse dépasse d’emblée le niveau du permis et du défendu et dénonce le piège hypocrite qui lui est tendu. Sa double recommandation porte sur l’effigie, sur l’image qui est inscrite sur la monnaie de l’impôt :

. L’image de César, ou de Marianne dans la république est une image qui dit que Jésus accepte l’existence du pouvoir politique en payant l’impôt, en voyant ses limites : « Rendez à l’État tout ce qu’il faut et rien que ce qu’il faut ». Le régime politique est nécessaire, c’est un moyen pour organiser le bien commun. Il n’a pas à être sacralisé, idolâtré ou jupitarisé. Il mérite qu’on le serve avec compétence, efficacité en gardant bien sa liberté car la politique est le plus haut lieu de la charité.

. Que veut dire alors « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu ? » Si nous sommes « créés à l’image de Dieu » comme on le trouve dans la Genèse et tout le premier testament, Jésus nous invite à mettre en valeur l’image de Dieu qui nous est donnée : Dieu fait don à l’homme de son image, de sa ressemblance. A nous d’entrer dans cette logique de la ressemblance, du don, de la vie… Chaque fois que nous rencontrons une personne nous pouvons y reconnaître l’image de Dieu et nous émerveiller d’un tel don. Si nous cherchons le visage de Dieu, nous ne pouvons le trouver que dans la contemplation de l’homme qui donne, se donne, pardonne… C’est l’Esprit Saint qui nous permet alors de le reconnaître et de l’accueillir comme un fils bien-aimé et de chanter sa louange. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est le voir en toute chose et dire MERCI, EUCHARISTIE.

Claude Charvet sj