32ème dimanche du temps ordinaire

Homélie 31ème dimanche du temps ordinaire – année B – 11 novembre 2018

Lectures :  1R17,10-16      Ps 15      He 9, 24-28       Mc 12, 38-44

                      La situation que nous présente l’Évangile est apparemment anodine : la foule défile, chacun versant sa contribution financière au Trésor du Temple, selon sa capacité financière, correspondant à de grosses sommes pour les uns, à de très petites pour les autres. Que Jésus y décèle un enjeu fort nous interpelle, et nous avons déjà à apprendre de la capacité de Jésus à voir ce qui se joue dans des situations apparemment ordinaires et auxquelles nous ne prêterions pas particulièrement attention.

                      De quoi s’agit-il ? Il va au-delà des apparences, des attitudes un peu démonstratives de quelques-uns. Il ne s’arrête pas non plus aux montants en jeu, il semble en inverser l’échelle des valeurs, ou plutôt il va placer cette valeur ailleurs : dans le fait de remettre sa vie entre les mains de Dieu, dans la confiance sur laquelle chacun fonde sa vie. Plus que de générosité, c’est de confiance dont il s’agit. Car cette femme prend un risque vital. Nous avons, sans doute, un peu de mal à prendre la mesure de ce risque, car nous vivons rarement de telles situations de précarité. La première lecture nous y aide : cette veuve est comme celle de Sarepta qui a accepté de perdre ses dernières réserves de nourriture à la demande du prophète Élie, au risque de mourir de faim après cela.

                      Le contexte même de ce récit dans l’Évangile de Marc nous invite à aller à ce niveau-là d’enjeu. Jésus est à Jérusalem, non pas à l’occasion de l’un des séjours qu’il y fait avec ses disciples, mais après son entrée sous les acclamations et les rameaux comme Messie et avant la Passion dans laquelle il entre librement. Plusieurs récits autour de celui-ci nous le montrent, dans cette circonstance, particulièrement attentif aux signes discrets et paradoxaux du Royaume qui advient ; cette pauvre veuve qui met ses quelques piécettes et qui, à travers ce geste, s’en remet à Dieu en est un. Il voit aussi en elle une figure de ce à quoi il est lui-même appelé : donner sa vie, donc en passant par sa perte, dans une totale confiance en Dieu. Comme nous le dit la lettre aux Hébreux, c’est son propre sang qu’il offre, dans un geste nécessairement unique et définitif, contrairement au grand prêtre dans le Temple qui répète le rite des sacrifices, sans se donner lui-même.

                      A considérer l’enjeu de ce don, nous sommes tout tremblants ; devant une telle perspective, nous avançons sur la pointe des pieds, voire nous freinons… Nous sommes conscients que beaucoup de choses nous retiennent, nous empêchent de nous donner davantage; nous sommes conscients que nous pouvons nous donner d’un côté, et que nous gardons nos réserves constituées de l’autre. Qu’à sa suite, le Christ fasse grandir en nous le désir de nous donner davantage, sans partage ni réserve, de remettre tout ce que nous sommes entre les mains de son Père, pour une plus grande vie autour de nous.

Olivier Barreau sj