3ème dimanche

Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire – Année B – 21 janvier 2018

Lectures :  Jon 3,1-5.10     Ps 24     1 Co 7,29-31     Mc 1, 14-20

Belle interprétation, magistrale interprétation de Jonas ! Merci les enfants car avec vous on perçoit bien les résistances que Jonas a manifestées alors que Dieu lui demandait d’être son porte-paroles. Mais voilà : il a quand même parcouru la ville de Ninive pour annoncer que la ville serait détruite 40 jours après… tout en sachant que Dieu serait miséricordieux.

Je retiens ce détail : « Encore 40 jours » ? Pourquoi ? Parce que cette histoire de Jonas comme la lettre de Paul aux Corinthiens ou l’appel des disciples par Jésus parlent d’un changement de temps. 40 jours pour Jonas, « le temps est limité » dit St Paul et avec Jésus : « Le Règne est là. Convertissez-vous et croyez car voici que les temps sont accomplis ».

L’apparition de Jésus est à l’origine d’un bouleversement. Le temps ne ressemble plus à ce qu’il fut hier, temps de préparation et de signes. La pleine réalité est là : Jésus ; il est la réalité de Dieu sur cette terre, au milieu des hommes que nous sommes.

Cette transformation du temps – cette mue du temps pourrait-on dire – crée une urgence. Voyez bien à quel point l’évangéliste Marc en est habité car sous sa plume on ne compte plus les « aussitôt » qui fleurissent dans son récit : 2 mentions en 6 versets ! Un vrai tic littéraire porteur de révélation.

En fait, les évangiles sont pleins de cette mise en demeure de nous prononcer en face du Christ. On ne nous permet pas de rester dans l’indécision, de surseoir, de remettre à plus tard comme Jonas. Il n’y a pas de plus tard : « les temps sont accomplis ».

Mais qu’est-ce que cela veut dire, concrètement ? Il s’agit de l’heure évangélique, et cette heure est celle de la liberté ; l’heure où l’homme, où chacun de nous, libéré par la Bonne Nouvelle, est en mesure de choisir.

De quoi sommes-nous ou serions-nous libérés ? De la pression qu’exerce le Prince de ce monde. Le règne de Dieu est aussi le règne de l’homme, sur lui-même et sur toute chose. Nous devenons adultes et rester dans l’expectative consisterait à rester dans l’enfance.

Cela se confirme avec les premiers disciples. Ils sont mis en route par cette Bonne Nouvelle du Royaume. Mais quelle route ? car lorsqu’on allait écouter Jean Baptiste dans son désert, personne ne le suivait. Dans l’ancienne alliance, on « marchait avec Dieu » ce qui signifiait qu’on observait la Loi. Dans les deux cas, entre Dieu et l’homme, il y avait la médiation d’une parole, une parole transmise. Mais avec Jésus, la parole est devenue un homme vivant. Marcher avec Dieu consiste donc maintenant à suivre le Christ. Tout se joue désormais dans une relation de personne à personne et le sommet de la relation est l’amour. C’est pour cela que la révélation définitive sur Dieu est qu’Il est amour.

C’est aussi pour cela que ses disciples quittent leurs filets, leurs barques. Jusque-là, ils vivaient d’une relation aux choses. Mais maintenant, pour eux comme pour nous, il s’agit de vivre d’une relation à d’autres hommes. Et même ceux qui n’ont pas à quitter leurs filets et leur barque doivent vivre de l’amour. De toutes les façons, il est bon pour nous de « pêcher » tous les humains possibles pour en faire nos amis, nous dit Jésus. Car le Royaume sera là.

Philippe Marxer sj