Fête de l’Assomption

Homélie pour la fête de l’Assomption – Année A – 15 août 2017

Lectures : Ap 11, 19a ; 12,1-6ab Ps 44 1 Co 15,20-27a Lc 1,39-56

                    Nous célébrons ce jour la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Par cette fête nous affirmons que Marie, après sa mort, a été élevée à la gloire du ciel.

                    Avec la modernité et notre ère technologique, nous avons développé des savoirs scientifiques, réalisé des progrès considérables sur le plan génétique. Avec la maîtrise de la psychologie et des sciences de l’information, nous pouvons manipuler les consciences à l’image de certains médias. Mais lorsqu’il s’agit d’assumer notre existence, notre désir est de trouver quelqu’un à qui se confier, s’identifier, une personne qui va nous inspirer et nous servir de modèle, voire de guide. Ce rôle peut être dévolu à un ami, à une épouse ou un époux, à un parent. Cette personne pour les chrétiens et chrétiennes, que nous sommes, peut être Marie.

                   En contemplant la vie de Marie, en nous mettant à son école, nous pouvons y découvrir trois caractéristiques fondamentales qui constituent la trame de « sa spiritualité », de son « être avec Dieu ».

  • Première caractéristique : la souffrance de Marie.

                    La souffrance de Marie commence quand il lui est demandé de porter un fils avant d’être marié à Joseph, son fiancé. En d’autres termes, il lui fût demandé de porter un enfant hors mariage, à l’image de certaines mères qui élèvent seules leurs enfants, face à des géniteurs irresponsables. Marie était anxieuse, angoissée, elle se demandait quelle serait la réaction de Joseph devant le fait accompli de sa grossesse, quelle serait la réaction du public, va t-elle être lapidée ?

                    Plus tard, en compagnie de Joseph ils vont présenter Jésus au Temple. Là se trouve « un saint homme juste et pieux qui attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui » (Lc 2,25). Après les avoir bénit, Syméon dit de Jésus à Marie sa mère : « Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe de contestation » (Lc 2,34). A Marie Siméon dit : « Toi-même, un glaive te transpercera l’âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien de cœurs » (Lc 2,35).

                   Cette souffrance Marie l’a portée tout au long du ministère de Jésus entaché d’oppositions, de violences de la part des élites et de réticences d’un peuple qui attendait un Messie libérateur et récusait le message de Jésus.

                    La souffrance de Marie atteint son apogée au pied de la croix, debout au pied du corps crucifié de son fils, au calvaire.

                    Marie a assumé sa souffrance avec courage et patience. Elle devient pour tout chrétien une source d’inspiration. Elle nous invite à assumer les vicissitudes du temps et de notre condition existentielle avec patience et courage.

  • Seconde caractéristique : une gratuité disponible dans le service.

                    En Marie nous avons un modèle de la gratuité et du service des autres. Ceci est manifeste, par exemple, quand l’Ange Gabriel lui annonce qu’elle va être la mère du fils de Dieu : « Sois joyeuse, toi qui a la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28). La réponse de Marie est spontanée : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit » (Lc 1,38).

                   L’esprit de service et de l’attention aux autres nous le voyons aussi à l’œuvre quand Marie est mise au courant de la grossesse de sa cousine Élisabeth « elle partit en hâte » pour aider cette dernière, ou quand Marie intervient aux noces de Cana et demande à Jésus de venir au secours de ce jeune couple de mariés, qui apparemment avait sous évalué leur stock de vin et sous estimé la capacité de consommation de leurs invités. Marie était à la réception, en première place, occupée à servir.

                    Le modèle de service de Marie nous suggère, qu’au lieu d’attendre tout de Dieu, de lui demander toutes sortes de faveurs, nous devons lui être disponibles, mais aussi mettre la main à la pâte, selon l’adage populaire.

  • La troisième caractéristique de la vie de Marie : son humble disposition à la prière et au recueillement.

                    Cet esprit de prière « transpire » dans son action de grâce à Dieu, son Magnificat, après avoir été informée que l’enfant qu’Élisabeth portait a « bondit d’allégresse en son sein » (Lc 1,44).

                    L’Évangile selon saint Luc nous informe de la densité de la prière de Marie, en amont et après la naissance de Jésus, avec une touche particulière : Marie « gardait toutes ces choses dans son cœur ».

                   Le livre des actes des apôtres atteste aussi du soutien par la prière et de la présence de Marie auprès des apôtres en préparation de l’attente de l’Esprit Saint.

                    A cause de sa disponibilité et de sa prière, Marie était toujours prête à faire la volonté de Dieu. Voilà pourquoi elle nous est présentée comme sans péché, et a été élevée à la gloire du ciel pour être auprès de Dieu. Car selon l’expression de Mère Thérésa : « La prière élargit le cœur afin qu’il soit capable de contenir Dieu lui-même ». Ce que la prière est pour Marie, peut aussi se réaliser dans notre vie.

                   Nous pouvons voir en Marie celle qui intercède pour nous, celle qui est toujours prête à nous aider.

                    Si nous imitons Marie, en portant notre croix patiemment, dans la gratuité, l’attention et le service aux autres, par une vie de prière intense, nous la rejoindrons un jour auprès du Père. C’est la bonne nouvelle et le sens l’Assomption de la Vierge Marie que nous célébrons. Une invitation que Dieu adresse à chacun de nous, Marie nous ouvre et nous montre le chemin.

Patrice Batantou sj