Fête de l’Epiphanie – 8 janvier 2017

Fête de l’Épiphanie – 8 janvier 2017

Quelle ouverture !
Ceux qui sont le plus loin, ceux qui cherchent à déchiffrer les signes, arrivent aujourd’hui devant l’enfant-Dieu de la crèche. Ce qui est ainsi dévoilé, aux yeux de ces hommes, c’est la découverte de la personne de Jésus accessible à tous : Dieu est pour tous !
C’est aujourd’hui la plus universelle des fêtes : « Les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » (Eph 3, 5-6). L’Épiphanie, ce mot veut dire manifestation, abat toutes les frontières : Dieu n’a pas de projet pour un seul peuple qui serait le peuple élu, le projet de Dieu est pour tous. Le christianisme ne se propose pas comme une religion en concurrence avec les autres religions. Il n’est pas la religion d’une civilisation particulière, religion du monde occidental qui ne devrait son expansion qu’à sa puissance colonisatrice. La manière du Christ d’être relié à Dieu (sa religion ! ) a capacité d’être de tous les continents, de tous les pays, de toutes les cultures : le Christ, né dans un peuple précis, le peuple juif, vient, à l’écart de tout pouvoir, à l’écart de la salle commune. Nul n’a barre sur lui, pas même Hérode ; du coup il est accessible pour ceux qui sont en marge en commençant par les bergers à la réputation de pécheurs ; il peut être reconnu par des étrangers, les mages, sans que ceux-ci ne soient obligés de s’asservir à un pouvoir quelconque : ils peuvent retourner par un autre chemin. L’universalité de Dieu, offerte à la crèche, est toute entière dans la fragilité de l’enfant et la précarité de la situation. Aux mages, aucun rite n’est imposé, mais ils arrivent avec ce qu’ils ont et c’est avec leurs propres richesses qu’ils rendent gloire à Dieu. Suivons leur chemin car il va nous manifester ce qu’est une vraie ouverture universelle !
Tout d’abord ces hommes étaient des guetteurs. Ils ont vu une étoile. Ce n’est pas n’importe quelle étoile, c’est « son » étoile, celle du roi des juifs. Les mages cherchent quelqu’un. Ce qui les fait bouger c’est leur désir de s’ouvrir à une autre présence qu’eux-mêmes. Ces hommes sont intéressés par l’autre. Mais ils n’ont pas fait que suivre l’étoile, ils sont passés par Jérusalem. Ils sont allé chercher les renseignements et les précisions indispensables pour arriver au but. Sans les scribes et les chefs des prêtres, sans Hérode, ils n’auraient pas connu Bethléem ! Quand on sait le sort qu’ Hérode, les scribes et les chefs vont réserver à l’enfant de la crèche et que, finalement, ils le condamneront à mort, voilà qui est surprenant. Mais on voit clairement ainsi la différence entre deux types d’ouverture à l’autre :
– D’un côté une attitude d’ouverture telle que l’on tombe à genoux devant l’enfant et sa mère. Autrement dit un tel respect de l’autre nous découvre Dieu, nous introduit dans le mystère de Dieu au cœur de l’enfant. Et c’est toute leur vie qui s’ouvre : « ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents. » Une ouverture qui est don de soi : voilà ce qui est à la portée de tout homme en ce monde, voilà la manière dont Dieu rejoint chaque homme en ce monde quel qu’il soit. Les mages nous invitent à ce type d’ouverture faite de respect et de don de nous-mêmes à l’égard de chaque être. Le Christ concerne tous les hommes car chacun est appelé à être concerné par son frère en humanité. La route de l’homme mène à Dieu et la route de Dieu mène à l’homme.
– L’autre attitude est celle de la fermeture mortelle. Hérode sait, les scribes et les chefs savent. Mais celui qui vient de naître est un concurrent à leur suffisance, à leur pouvoir, à leur certitude. Leur savoir est important puisqu’ils peuvent renseigner les mages, mais leur manière de savoir est dangereuse. Ils ont peur de perdre leur place, l’autre est un ennemi, l’autre est dangereux. L’autre a beau être un enfant démuni de tout, vulnérable, il représente quelqu’un à éliminer.
Deux ouvertures qui s’offrent à nos décisions…
Nous disons souvent que « la vérité sort de la bouche des enfants »… Matthieu nous dit « il peut arriver que la vérité sorte de la bouche des païens »…! Nous n’avons rien à craindre de cet enfant-Dieu car la force est aux antipodes de la crèche ! Que d’espérance si nous savons nous tourner, chacun, avec tout ce que nous sommes vers l’enfant-Dieu, vers le frère universel ! L’Évangile nous dit, en ce jour, que c’est le chemin d’une très grande joie.

P. Jean Rouet