Mercredi des Cendres

Homélie du Mercredi des Cendres – Année A – 1er mars 2017

Lectures : Jl 2 12-18     Ps 50    2Co 5,20-6,2      Mt 6, 1-6 16-18

                    Aujourd’hui commence la période du Carême. C’est un moment privilégié pour nous ouvrir une fois de plus à cette vie intime de Jésus qui nous est offerte en partage : amour pour Dieu, amour pour les autres, avec Dieu. Mais, nous expérimentons en nous des résistances : de différentes manières nous sommes tentés de ne pas suivre le chemin de Jésus. C’est qu’il y a en nous une lutte plus ou moins forte où nous avons à choisir : choisir de suivre l’esprit du Christ ou de suivre l’esprit du monde, de faire de Dieu – et des autres avec Dieu – notre centre ou de nous faire le centre du monde, au mépris des autres et de Dieu.

                    Jésus lui-même, lui qui est Dieu s’étant fait homme pour nous rejoindre au plus près, a été mystérieusement confronté à la tentation. Mais il a toujours choisi le Père et refusé les chemins du mal. Il n’a pas cessé de manifester l’amour de Dieu le Père malgré les contradictions qu’on lui opposait. Et dans la mort qu’on lui a infligée il a donné sa vie pour nous. En pardonnant il a témoigné l’amour que Dieu porte à chacun. Et en sa résurrection le Père a manifesté la vérité de son chemin, l’amour indicible que Dieu porte à chacun.

Cet amour qu’a Dieu à l’égard de chacun, nous sommes appelés à y prendre part !

Mais, qu’est-ce donc qui fait obstacle ?

                    Ce qui fait obstacle c’est un amour de nous-mêmes mal compris et donc mal vécu : nous nous engageons sur de fausses pistes, en méconnaissant ce qui nous apporterait la vie véritable, en méconnaissant qu’il faudrait aller dans le sens de « donner notre vie pour que les autres vivent ». Ce qui fait obstacle, c’est quand d’une manière ou d’une autre, au nom de l’amour que nous nous portons à nous-mêmes, nous nous désintéressons des autres parce que cela nous gênerait. Ce qui fait obstacle, c’est quand d’une façon ou d’une autre, nous sommes menés par notre orgueil ou par notre égoïsme.

                    Le combat spirituel ce sera donc de nous décentrer de nous-mêmes pour nous ouvrir à l’accueil de l’amour que Dieu nous porte et qu’il nous invite à partager aux autres.

                    Ne pas agir pour notre propre gloriole, car cela pervertit l’amour que nous portons au prochain, mais au contraire agir de manière désintéressée, en rejoignant l’amour gratuit et désintéressé que Dieu, notre Père, porte à chaque personne. En agissant ainsi Dieu nous donne sa vie et nous comble. « Évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer »… Nous faire remarquer aux yeux des autres ou à nos propres yeux.

                    Quand vous priez ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle « Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte et pries ton Père qui est présent dans le secret… »

                    « et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu comme ceux qui se donnent en spectacle… Quand tu jeunes, parfumes-toi la tête… ton jeûne sera connu seulement de ton Père qui est présent dans le secret… »

                    A travers ces trois exemples que nous donne le Christ : l’aumône, la prière et le jeûne, une invitation nous est faite : c’est de réfléchir à notre relation à Dieu, à notre relation aux autres, à notre relation à nous-mêmes. Demandons à Dieu sa lumière :

*** Que dois-je modifier dans ma relation à Dieu de sorte que je sois davantage à son écoute et disponible à lui ?

*** Que dois-je modifier dans ma relation au prochain de sorte que je me joigne davantage à l’amour que Dieu porte à chacun ?

*** Que dois-je modifier dans ma relation à moi-même de sorte que je sois d’avantage décentré de moi-même, disponible, tourné vers Dieu et vers les autres avec Dieu.

Joseph Lacretelle sj