23ème dimanche du temps ordinaire

23ème dimanche du temps ordinaire – année A – 6 septembre 2020

Lectures : Ez 33,7-9       Ps 94       Rm 13, 8-10     Mt 18, 15-20

Chers frères et sœurs,
Nous sommes au 23e dimanche du temps ordinaire. Après les vacances, au début de cette année scolaire, nous retroussons nos manches pour nous mettre au travail. Presque toutes les équipes pastorales de notre secteur pastoral ont également repris leurs responsabilités. Ceci étant, les lectures d’aujourd’hui, nous invitent à réfléchir sur nos responsabilités fraternelles envers les autres.
Au début de cette eucharistie, demandons pardon au Seigneur à travers cette petite méditation pénitentielle.

Homélie :

Après mes vacances, j’ai pris un TGV pour rentrer à Bordeaux. Alors que je montais dans le train à Paris, il y avait juste devant moi un couple avec deux grosses valises et quelques sacs. Sans penser aux autres, débarrasser leurs bagages et laisser le passage, ils prenaient leur temps tranquillement pour discuter. J’attendais patiemment quelques instants. Et derrière moi, il y avait beaucoup de passagers. A un moment donné, je leur ai dit gentiment, « S’il vous plaît cédez le passage, il y a encore beaucoup de personnes derrière moi ». Le monsieur avec un air énervé m’a répondu : « Ayez patience, monsieur, laissez-nous régler des choses tranquillement ». A cette parole, tous ceux qui attendaient derrière moi sont venus à mon secours. Ils ont réagi en disant, « Monsieur, avancez tout de suite s’il vous plaît, on en a marre d’attendre ici ». Enfin, le monsieur a compris et nous a tout de suite cédé le passage.
Pourquoi je vous raconte cette expérience ? C’est juste pour vous dire que nous sommes dans une société où nous n’osons pas faire les moindres remarques ni corrections aux autres parfois quand c’est vraiment nécessaire. Souvent la plupart d’entre nous restent spectateurs, silencieux et indifférents même si certaines choses répréhensibles se passent devant nos yeux.

Les lectures d’aujourd’hui nous montrent combien il est important de faire des corrections fraternelles si quelqu’un s’éloigne d’un bon chemin. Corriger quelqu’un et le ramener vers une bonne conduite n’est pas une option. C’est une obligation et cela fait partie intégrante de l’être chrétien. Pourquoi ? Parce qu’un vrai amour ne reste pas indifférent face aux agissements négatifs, destructeurs et répréhensibles de nos frères et sœurs.

Responsabilité individuelle
Dans la première lecture, le prophète Ézéchiel est appelé par le Seigneur pour se sentir responsable de sa communauté. Le Seigneur demande à Ézéchiel d’avertir le peuple de sa part. Il lui confie la mission non seulement de surveiller son peuple mais de l’empêcher de prendre un mauvais chemin. De manière générale, que ce soit un prophète, un évêque ou un prêtre d’une communauté religieuse, que ce soit le président d’une nation ou le directeur d’une entreprise ou d’un établissement scolaire ou même un père ou une mère de famille, tout un chacun a une responsabilité pour conduire sa communauté, sa famille et son peuple sur un bon chemin. Peut-être, on se demande : « qui suis-je pour m’occuper des autres et de leurs vies » ? Peut-être, qu’on se pose la même question que Caïn dans le livre de la Genèse, « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère » (Gn 4, 9). Mais toutes les lectures, et surtout l’évangile soulignent que « oui, tu l’es ».

Responsabilité communautaire
Dans l’évangile, Jésus propose la manière dont il faut faire la correction fraternelle dans la communauté des disciples. Il souligne trois étapes.

Premièrement, il dit, « si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul » (Mt 18, 15). Notez l’expression « seul à seul ». Jésus ne dit pas de le dénoncer publiquement tout de suite. De nos jours, parfois si on subit quelque chose de mal ou d’injuste, on le dénonce et le diffuse tout de suite sur les réseaux sociaux comme Facebook. D’autres parfois, parlent à tout le monde de ce qu’ils ont subi sauf à la personne qui a perpétré le méfait. D’autres encore, préfèrent tout de suite l’attaquer devant tout le monde : le critiquer et lui donner un sentiment de culpabilité plutôt que clarifier les choses et le corriger en privé et en paix. L’expression, ‘seul à seul » montre que toute correction doit être faite, d’abord et avant tout avec amour, gentillesse, compassion et bienveillance pour ne pas gêner la personne.

Deuxièmement, si la personne n’a pas saisi la gravité de sa faute. Il faut, à ce moment-là, « prendre avec soi deux ou trois personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins » (Mt 18, 16). Sans doute, à deux ou trois, on voit des choses de manière claire et on arrive à mieux le persuader. Cette deuxième étape montre que l’amour ne s’arrête pas à la première tentative pour remettre la personne concernée sur le droit chemin et qu’on ne baisse pas les bras face à l’échec. Cela souligne aussi le fait qu’il faut une certaine persévérance pour la ramener sur le bon chemin.

Troisièmement, malgré ces deux étapes, si la réconciliation et la correction échouent, à ce moment-là, Jésus dit, « considère-le comme un païen et un publicain » (Mt 18, 17). Nous comprenons tout de suite que c’est la communauté qui l’exclut et ne le traite plus comme un membre. Mais de fait, nous devons rappeler que la communauté a tout entrepris pour ramener la personne sur un bon chemin. D’ailleurs, c’est la personne égarée elle-même qui s’est mise en dehors de la communauté.
Pourquoi Jésus a-t-il tellement insisté sur la correction fraternelle ? c’est pour montrer qu’un vrai amour envers nos prochains ne reste pas indifférent et silencieux et que nous sommes tous concernés, nous sommes tous responsables les uns des autres.

Responsabilité de se réunir pour prier
Enfin, évangile se termine en mentionnant l’importance de se réunir et de prier ensemble. Comme le dit Jésus, « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis-là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Nous sommes tous réunis au nom de Jésus dans cette Eucharistie. Et soyons sûrs que Jésus est parmi nous et avec nous en ce moment. Jésus écoute tout ce que nous lui disons et demandons. Chers frères et sœurs, comme nous sommes au début de la rentrée scolaire, demandons à Jésus de nous bénir avec tout ce que nous désirons pour cette année. De même, demandons-lui la grâce de nous sentir responsables des frères et sœurs de notre entourage. Comme le dit le psaume, « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur ! » (Ps 94, 8a.7d). Amen.

Ashok BODHANA sj