24ème dimanche du temps ordinaire

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Dimanche 12 septembre 2021

24ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Lectures  :    Is 50, 5-9a               Ps 114          Jc 2, 14-18             Mc 8,27-35

 

                “Pour vous qui suis-je ?”

                      Je me suis posé la question : pourquoi Jésus interroge-t’il ainsi ses apôtres ? Est-ce un examen de contrôle, une vérification de son enseignement ? Lui qui sait lire dans les cœurs, a-t’il vraiment besoin de connaître le degré d’adhésion de ses disciples ? Est-ce qu’il ne connait pas leurs doutes, leurs hésitations, le peu de foi de Thomas, la cupidité de Judas, la fragilité de Pierre ? Pourquoi leur faire dire la vérité de leurs sentiments ?

                     Je pense que Jésus se comporte là comme un homme, comme tout homme ! Certes il est complètement Dieu, totalement Dieu, mais il est aussi complètement homme, totalement homme… et le Concile de Trente, après bien d’autres, va réaffirmer solennellement cette double identité : Jésus Christ complètement Dieu et complètement homme. Et comme tout homme, comme chacun de nous, Jésus a eu  besoin de se sentir compris, soutenu, d’être conforté par les autres… comme chacun ici a besoin de temps en temps de se sentir compris, encouragé, envoyé par les autres.

                    Depuis une semaine que j’ai rejoint votre communauté, j’ai rencontré un certain nombre d’entre vous, des personnes qui rendent de multiples services pour le bien de la paroisse, des personnes qui fleurissent l’Église, qui ouvrent les portes, qui gèrent les comptes ou préparent la liturgie… et bien d’autres services parfois tout à fait cachés ou ignorés. Toutes ces personnes ont besoin d’être reconnues, encouragées ou soutenues… comme moi-même, votre nouveau curé j’ai besoin d’être soutenu, encouragé, guidé…

                  Jésus, tout Fils de Dieu qu’il est, parce qu’il a été homme, complètement homme, parce qu’il n’a pas fait semblant, parce qu’il s’est incarné totalement dans notre condition humaine, a ressenti lui aussi  le besoin d’être reconnu, encouragé dans sa vocation de Fils de Dieu, envoyé par le Père pour vivre parmi nous et nous rappeler que nous sommes aimés du Père… Alors ce jour là, peut-être en proie au doute ou au découragement, il demande à ses disciples : “pour vous qui suis-je ?”

Et la réponse de Pierre, sans doute inspirée par l’Esprit Saint, jaillit : “tu es le Christ !”

Le même récit, rapporté par St Matthieu, fait dire alors à Jésus : ” Heureux es-tu, Pierre, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux !”

Il me semble qu’à partir de cela on peut tirer deux enseignements, deux profits…

                      D’abord se poser la question pour nous mêmes : qui est-il vraiment pour nous ? Pour moi ? Une croyance ? Une espérance ? Un ami ? Il nous est permis de douter, de chercher, de demander à y voir clair… Beaucoup de saints ont connu des périodes de doute complet, de désolation, d’obscurité totale… depuis St jean de la Croix…  jusqu’à Mère Theresa ! Saint Ignace à Manrèse était bien près de se donner la mort en pensant qu’il avait fait totalement fausse route… Qui d’entre nous, à un moment ou à un autre de son histoire, ne s’est pas demandé si sa foi n’était pas qu’une chimère, une utopie, une pure invention ? Se questionner ainsi est normal, est nécessaire, est juste… ET si nous n’arrivons pas à répondre clairement comme Pierre : “tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant”, nous pouvons tout au moins le demander : “Seigneur, augmente mon peu de foi ! Seigneur, si tu existes vraiment, apprends moi à mieux te connaître, à mieux t’aimer, à mieux te servir !”

                   Et puis, deuxième leçon que nous pouvons retenir de cet Évangile, c’est le souci des autres, le besoin qu’ils ont eux aussi d’être reconnus, soutenus, encouragés dans leur mission, dans leur service, dans leur vocation. Pouvoir dire à un sacristain ou à un trésorier d’association : “tu es important pour moi, tu as du prix à mes yeux,  merci pour ce que tu es, pour ce que tu fais !”…     Un silence peut tuer, …une parole, un regard, peuvent ressusciter, peuvent remettre quelqu’un debout !

                Dans un instant, après quelques minutes de silence, nous allons réciter le ‘Je crois en Dieu’… Préparons-nous à le proclamer non pas comme un automatisme mais comme une affirmation authentique de ce que nous pensons, de ce que nous cherchons… Nous le réciterons lentement, en essayant de bien peser nos mots !

Georges Cottin sj