3ème dimanche de Carême

Homélie : 3ème dimanche de Carême – année A – 15 mars 2020

Lectures : Ex 17, 3-7    Ps 94        Rm 5, 1-2.5-8  Jn 4,5-42

L’homélie du Père Claude Charvet a été bâtie autour de l’étape de Baptême qui devait avoir lieu à la messe ce dimanche.

                             Avec les catéchumènes, Anastasia, Anne-Marie, Sarah et Margot, nous avons longuement ce texte de la Samaritaine qui sera encore au cœur du scrutin que nous devions vivre après le “Je crois en Dieu”.

                             4 étapes scandent ce texte comme une vraie rencontre et une grande catéchèse évangélique.

  1. Quelle soif ? Comme le peuple juif dans le désert de la première lecture, Jésus marchant en plein midi dans les collines de Samarie a une vraie soif et s’arrête à la margelle du puits de Jacob… Devant les obstacles culturels que la samaritaine dresse (relation homme-femme ; conflits religieux et politiques entre juifs et samaritains) Jésus est conduit à signifier qu’il est porteur d’une eau vive qui peut apaiser toute soif… En d’autres termes, l’eau matérielle, les virus les plus mortels trouvent toujours des solutions techniques plus ou moins contraignantes : ce que nous vivons actuellement… L’eau vive qui est proposée par Jésus pour nous guérir de nos peurs de l’autre, de nos soifs de consommation effrénée, de nos peurs de manquer de riz et de produits hygiéniques…nous oblige à prendre en compte nos besoins spirituels et d’aller vers nos désirs d’une eau vive que Dieu nous donne dans la foi, de sa marche avec nous depuis Abraham et Jacob, de ce goût d’aimer et d’être aimé qui nous traverse dans nos rencontres heureuses qui tissent notre vie de tous les jours. Voila la vraie soif qui fait dire à la Samaritaine “Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’ai plus soif…”
  2. Tu dis vrai ! En entendant notre vrai désir de boire de l’eau vive, Jésus pose alors la question de la vérité dans nos vies. Sommes-nous au clair dans notre façon d’aimer et d’être aimé au quotidien ? Qu’est-ce qui entrave nos démarches de réciprocité et de solidarité ? Nous ne sommes pas obligés de tout dire (la femme répond :”Je n’ai pas de mari”) et Jésus entend son vrai désir de vérité dans ses amours insatisfaites… Le goût de la vérité est plus fort que tous les aveux et Jésus le prend vraiment en compte… La samaritaine comprend alors qu’il est un prophète qui peut dire ce qu’il entend comme si Dieu était avec lui. Elle peut passer alors au plan religieux qui rejoint sa soif d’eau vive.
  3. Dieu est esprit. Cette verticalité de la religion samaritaine et juive avec leurs lieux saints sur des montagnes demande à être transformée dans leurs images et leurs représentations : Jésus ouvre sur une dimension plus intérieure qui permet d’avancer vers une relation filiale avec un Dieu qui aime comme un Père ” en esprit et en vérité“… C’est au fondement de notre existence… Et la samaritaine, en s’appuyant sur ce qu’elle est en train de vivre avec Jésus arrive à faire le lien avec le Messie annoncé dès Abraham au puits de Jacob.  Jésus alors obligé par l’intuition de cette femme de se révéler comme Messie :”Je le suis, moi qui te parle“… C’est une vraie invitation à adorer…
  4. Beaucoup de Samaritains croient que “c’est vraiment lui le Sauveur du monde”. La Samaritaine peut laisser sa cruche au bord du puits, braver le regard de ses concitoyens car elle a été libérée par la vérité de sa rencontre avec Jésus, et les inviter à aller rencontrer celui qui vient de lui dire tout ce qu’elle a fait : ” Ne serait-il pas le Christ ?”.

                              A nous maintenant, dans notre marche vers Pâques, dans les semaines un peu bouleversées que nous vivons, d’entendre cette Samaritaine nous annoncer sans peur sa rencontre avec Jésus, de découvrir avec des yeux nouveaux et un coeur renouvelé que Jésus marche bien à nos côtés, qu’il veut à la fois chasser nos peurs et prendre au sérieux la nécessité d’être “le gardien de nos frères” . Nos soeurs catéchumènes sont un beau signe pour nous qu’aujourd’hui Jésus est avec nous, qu’il désire les baptiser dans l’eau et l’Esprit Saint, qu’il nous donne sa force dans le pardon et l’eucharistie d’avancer vers la lumière de Pâques.

Claude Charvet sj