5ème dimanche de Pâques

Homélie : 5ème dimanche de Pâques- année A – 10 mai 2020

Lectures : Ac 6, 1-7       Ps 32        1 P2, 4-9       Jn 14, 1-12

                     Face à l’angoisse de l’avenir, Thomas et Philippe nous permettent de poser davantage les fondations de notre foi.
La crise sanitaire met à vif nos différences de tempérament : certains sont plus “fourmis” et demandent des assurances pour l’avenir, peuvent remplir frigos et congélateurs, renforcer les mesures de sécurité sanitaire en lavant tout, nettoyant tout, s’angoissant de tout, sans jamais s’arrêter de voir le virus se propager partout… D’autres sont plus “cigales” : ils prennent le temps de se poser, de se reposer, de communiquer largement avec leurs amis proches ou lointains grâce aux trésors technologiques que l’informatique diffuse à haut débit…Les réflexions vont bon train, le désir de reconstruire un monde nouveau se partage, le goût d’expérimenter de nouvelles manières de faire est déjà en place…Jésus est très rassurant : “Que votre cœur ne soit pas bouleversé… Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures”… pour les cigales et les fourmis, pour les silencieux et les communicants, pour les contemplatifs et les actifs, pour ceux qui supportent mal le jeûne eucharistique et ceux qui veulent donner la priorité au service du frère seul et loin de tout…Jésus peut reconnaître la manière de chacun sans s’angoisser et mettre en relation les uns avec les autres, même très différents. La maison du Père est grande, chacun a sa place en appliquant complètement les règles de la sécurité sanitaire et le respect des personnes…

Thomas permet de faire un pas de plus dans la confiance :”Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ?” Thomas était déjà intervenu au moment de la maladie de Lazare, connaissant bien le danger de mort pour Jésus s’il monte à Jérusalem, mais entrainant tout le groupe des disciples à monter avec Jésus pour ‘mourir avec lui’. Témoin de l’action de grâce presque liturgique de Jésus à son Père devant le tombeau, témoin de la sortie de Lazare lié encore des bandelettes de la mort, Thomas a besoin de connaître l’issue du chemin de la vie et les moyens pour y parvenir. La réponse de Jésus est radicale : “Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi.” Le ‘Moi, je suis’ reprend la solennité de la révélation du nom de Dieu à Moïse dans le buisson ardent ‘Je suis qui je suis’. Jésus vient bien de la part du Dieu révélé à Moïse pour nous conduire au Père… et il ouvre le chemin vers le Père, il est le chemin pour passer vers le Père; le chemin passe par le ‘très-bas’ du lavement des pieds et par le ‘très-haut” pour contempler le côté ouvert du Jésus en croix d’où il sort de l’eau et du sang, le Baptême et l’Eucharistie… Quel chemin pour recevoir la Vie! Si Jésus se présente devant Pilate comme celui qui est né et qui vient dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité, alors Thomas peut contempler en lui celui dont le psaume 84 parle “Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent” Pilate s’échappe en disant “Qu’est-ce que la vérité ?” Thomas entre dans cette expérience que ces 4 mots font vivre, au rythme de chacun. “Je suis la Vie” renvoie encore à la rencontre de Jésus avec Marthe dont Thomas a été témoin : “Je suis la Résurrection et la Vie” (Jn 11, 25)…Il s’agit bien pour nous de croire avec Thomas et Marthe que Jésus fait vivre dès maintenant de sa vie de ressuscité… Il nous donne la Vie, sa Vie dès maintenant pour l’éternité, car le Mal et la Mort sont vaincus définitivement… Jésus se présente à notre foi comme le Fils bien-Aimé du Père qui est le Chemin, la Vérité et la Vie… Merci Thomas de nous permettre d’avancer avec toi sur ce Chemin de foi, de Vérité et de Vie.

Philippe va poser la question radicale de notre verticalité, de notre rapport essentiel à Dieu non pas pour prendre sa place comme le serpent le propose de façon si séduisante à Adam et Eve, mais à la manière de Jésus, comme un Fils qui vit de son Père…Et Jésus peut alors rendre compte de sa filiation avec son Père : “Qui me voit, voit le Père. Je suis dans le Père et le Père est en moi”… Il reçoit tout de Lui, il ne vit que par Lui, il ne parle que de Lui, il n’agit qu’en réalisant ce que veut son Père : le Père aime tellement les hommes qu’il envoie son Fils unique pour les sauver. Écouter Jésus, c’est entendre le Père ! Voir Jésus agir, c’est contempler le Père qui fait sortir Lazare du tombeau. Entendre Jésus dire à la femme adultère: ” Je ne condamne pas”, c’est croire que le Père est bien la Vérité que le Pardon libère.

Alors croire en Jésus nous donne, à nous qui prenons son Chemin, la force de faire les œuvres qu’il fait et de dire les paroles qui apportent la joie d’être aimé inconditionnellement.

Claude Charvet sj