5ème dimanche du temps Ordinaire

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5ème dimanche du temps Ordinaire – année C – 6 février 2022

Lectures :    Is 6,1-2a.3-8     Ps 137      1 Co 15,1-11     Lc 5,1-11

Messe des familles

Homélie

Ce récit est situé au début de l’Evangile de Luc, c’est donc dans les tout premiers temps de la vie publique de Jésus. Il appelle ses premiers disciples, Jacques, Jean, Pierre, André…Il ne les choisit pas parmi les savants ou les grands maitres spirituels de son temps – il n’en manquait pourtant pas à Jérusalem – mais parmi des pêcheurs de Galilée, des gens simples, modestes, vrais…, des gens qui ne sont pas imbus d’eux-mêmes, des gens qui peinent, dont la vie est dure, et qui aspirent à autre chose, qui ont soif d’autre choses… des gens qui savent écouter…

Et il fait précéder son appel de deux choses :

D’abord un enseignement…

« Il enseignait les foules » dit Saint Luc. Sans doute qu’il leur parlait de son Père, de sa tendresse pour chacun de nous, de son désir de nous voir renoncer au mal pour choisir ce qu’il désirait de meilleur pour nous. Il le fait à partir d’une barque, pour que la surface du lac serve de porte-voix… C’était le micro de l’époque ! Mais on peut aussi y voir un symbole : la barque, c’est l’image de l’Eglise, avec à son bord Pierre, Jacques, Jean, André, ceux qui vont fonder les toutes premières communautés chrétiennes. Il est avec eux, dans la même barque. Et il leur parle à chacun, avec infiniment de délicatesse, de patience, d’attention…

Il s’adresse aussi à la foule, massée sur la rive, et lorsque son regard croise celui d’un lépreux, d’un boiteux, d’un possédé, alors sa voix se fait encore plus douce, encore plus compatissante…

Il enseignait, et la foule buvait ses paroles. Elle retrouvait un peu d’espoir, elle avait envie de l’entendre encore, de mieux le connaitre, de l’implorer, de le suivre…

Et puis il y a un second élément, qui précède l’appel, c’est cette pêche tout à fait miraculeuse. Je ne sais pas s’il vous est arrivé de rester toute une nuit à pêcher sans rien prendre ? C’est long une nuit ! Et si l’on vous demande au petit matin de jeter encore votre filet, vous avez plutôt envie de râler, de dire que cela ne sert à rien ! Mais une simple parole de cet homme juste et bon, et Pierre à nouveau jette son filet, et il n’arrivait pas à le relever tellement il était plein de beaux et gros poissons. Pierre, c’est un homme spontané, naturel, réactif. Il se jette aux pieds de Jésus : « éloigne-toi de moi, car je ne suis qu’un pêcheur ! »  C’est vrai, et en même temps il a tout faux, car Jésus est venu précisément pour les pêcheurs, pour les ramener à la vie, pour leur confier la plus belle de toutes les missions : celle de veiller sur les autres !

Ce n’est pas la seule fois où Pierre a tout faux ! C’est lui qui a dit à Jésus de ne pas aller à Jérusalem parce que tout le monde voulait le faire mourir. C’est lui qui a dit à Jésus qu’il lui resterait fidèle quoiqu’il arrive mais qui quelques jours plus tard à trois reprises dira : « je ne connais pas cet homme ! » Lui encore qui aura tant de mal à le reconnaître à la Résurrection. Pierre c’est chacun de nous, avec nos pauvretés, nos doutes, nos erreurs, nos trahisons. Mais Jésus jamais ne le jugera.  Il en fera tout au contraire le chef de l’Eglise naissante.

Que retenir de cet Evangile ?

Je crois bizarrement que la réponse est dans la première lecture, celle qu’on a entendu tout à l’heure : Isaïe ! Isaïe dans un songe se voyait condamné à tout jamais parce qu’il avait vu Dieu face à face ! Mais Dieu lui fait dire par un ange que son péché, si péché il y a, lui était pardonné. Alors Isaïe se propose d’être le messager de Dieu, le porteur de bonne nouvelle, l’annonciateur d’un temps nouveau. … C’est peut-être bien ce que Dieu attend de nous, d’être ses messagers, quelque soit notre âge, notre état de santé, nos capacités ! D’être ses messagers, c’est-à-dire d’être de ceux qui rendent espoir autour d’eux, d’être de ceux qui affirment que ce monde n’est pas fichu, que Dieu n’a pas déserté notre planète, qu’un avenir demeure possible, que l’amour est plus fort que la mort, que Dieu nous aime et qu’il ne nous abandonnera jamais !

Nous avons aujourd’hui à monter dans la barque avec Pierre et ses compagnons, à entendre l’enseignement de Jésus, à découvrir la surabondance de ses grâces, et à nous engager à sa suite pour proclamer l’Evangile. Nous ne le ferons peut-être pas par des grands discours mais par un témoignage, celui de la cohérence entre ce que nous croyons et ce que nous donnons à voir, par un optimisme à toute épreuve, par un recours incessant à la prière, par une attitude humble et aimante vis-à-vis de ceux qui ne pensent pas comme nous, qui n’agissent pas comme nous… Bref, en devenant chaque jour un peu plus disciples du Christ, avec son aide.

Amen !

Georges Cottin s.j.