7ème dimanche de Pâques

Homélie : 7ème dimanche de Pâques- année A – 24 mai 2020

Lectures : Ac 1, 12-14       Ps 26        1 P 4, 13-16       Jn 17, 1b-11a

                              Nous avons à lire une des prières les plus importantes de la Bonne Nouvelle : plus développée que le Notre Père, conclusion de cet intense discours après le lavement des pieds : ” Sachant que l’heure est venue de passer de ce monde à son Père, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu” Jésus prie, non pas comme à Gethsémani dans la souffrance et les larmes de sang, mais dans toute sa dignité de Fils en conversation intime avec son Père, comme dans la lumière et la gloire qu’il avait avant la création du monde… Et il nous introduit au coeur de sa prière avec son Père : nous y avons notre place, il nous prie d’y entrer…

Père, l’heure est venue” Le terme est familier pour dire “papa”, Jésus l’utilise et nous le donne pour dire aussi ce que nous sommes devenus en croyant en lui : nous avons accès au Père dès maintenant puisque l’heure est venue; la porte est ouverte définitivement puisqu’il est venu pour nous ramener au Père, que nous soyons accueilli par le Père lui-même, maintenant. C’est bien notre heure à nous aussi, ses enfants bien-aimés….

La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ” : comme le jeune homme riche qui cherchait ce qu’il devait faire pour avoir la vie éternelle, comme André et Jean, les deux premiers disciples qui cherchent Jésus et lui demandent : “Maître où demeures-tu ?” (Jn 1,38) Jésus nous livre la clé de la vie, le sens de sa vie : “l’amour consiste en une communication mutuelle : l’amant donne à l’aimé son bien; de même en retour l’aimé à l’amant“. (ES 231) Jésus a introduit chaque personne rencontrée à faire l’expérience qu’elle est aimée inconditionnellement par le Père et que le Père désire se donner lui-même totalement à elle. Le jeune homme riche n’est pas prêt à répondre à cette réciprocité parce qu’il a encore de grands biens et qu’il croit y trouver plus de bonheur, comme si l’argent faisait le bonheur… André et Jean prennent le temps de demeurer avec Jésus, de le connaître avec sa voix, sa façon de rompre le pain et de le donner comme un pain qui donne la vie de son Père, sa façon de servir en lavant leurs pieds comme si le Père descendait prendre soin des éléments les plus mobiles de notre corps…Ils reconnaissent maintenant Jésus dans ses gestes le plus fous pour leur faire vivre l’amour et le service, ils savent que le Père devient encore plus Père quand son Fils aime ainsi et ils voient le Père exulter de joie en accueillant ainsi son Fils auprès de lui. La communication mutuelle entre le Père et le Fils est tellement heureuse que André et Jean, mais aussi chacun des disciples, reconnaissent que Jésus est sorti du Père et qu’il retourne au Père ; ils croient vraiment que Jésus est l’envoyé du Père et qu’il vient prendre chacun par la main pour l’amener vers le Père… Même l’infirme de Bethesda qui était malade depuis 38 ans et ne trouvait plus personne pour l’aider sait entendre Jésus lui dire “Lève-toi, prends ton grabat et marche” (Jn 5,8). Même Lazare, mis au tombeau depuis 4 jours enveloppé de ses bandelettes, après que Jésus eût prié : “Père, je te rends grâce, je sais que tu m’exauces toujours“, même Lazare entend la voix de Jésus : “Lazare, viens dehors !” (Jn 11,43) Voila ce que Jésus nous propose de connaître de lui : sa communion avec le Père…sa joie d’être Fils.

Moi, je prie pour eux.” Comme dans le Notre Père, Jésus nous montre ce qu’il demande pour nous… Il considère chacun de nous comme quelqu’un que le Père lui donne comme ce qu’il a de plus précieux pour lui. On peut entendre cette reconnaissance que Luc nous livre quand le Père sort à la rencontre de son fils aîné qui ne veut pas venir fêter le retour de son frère cadet : “Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi” (Lc 15, 36). C’est bien en parlant de nous que Jésus dit à son Père “Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi; et je suis glorifié en eux“.

Alors aujourd’hui nous sommes invités aussi par Ignace de Loyola à “réfléchir en nous-mêmes et à considérer ce qu’en toute raison et justice je dois de mon côté offrir et donner à sa divine Majesté, tous mes biens et moi-même avec eux, comme quelqu’un qui offre en un grand amour : Prends Seigneur et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède. Tu me l’as donné : à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce : c’est assez pour moi” … (ES 234)

On le chante. “Prends Seigneur et reçois”…

 

Claude Charvet sj