EPIPHANIE

Homélie: Fête de l’Épiphanie – année A – 5 janvier 2020

Lectures :    Is 60,1-6    Ps 71      Ep 3,2-3a.5-6      Mt 2, 1-12

CHERCHEZ DIEU TANT QU’IL SE LAISSE TROUVER (Is 55,6)

          Épiphanie, étoile, mages à la crèche, “fête des rois” : dites-moi, est-ce tout cela est bien sérieux ? Nous ne croyons pas quand même pas aux étoiles en ce sens-là ! D’ailleurs, comment des mages auraient-ils pu identifier une étoile comme celle du roi des Juifs ? Et puis, fallait-il qu’ils se déplacent à chaque naissance royale ?

Mais, dans le fond, frères et soeurs, l’Épiphanie, de quoi s’agit-il ? Frères et sœurs, quel est le sens de cet événement ? Que veut-on nous faire comprendre ? Nous avons sûrement à dépasser certaines images pour comprendre les réalités qu’elles illustrent…

Les lectures de ce dimanche sont d’une inépuisable richesse et d’une rare force symbolique ; l’épisode des Mages, lourd de significations multiples !

Une constatation : notre société qui se veut si positiviste, si scientifique, si mathématique, est en même temps si fascinée par l’ésotérisme, par des religions obscures, le nouvel-âge, le druidisme, et que sais-je…

Une histoire d’horoscope

          Cela une rappelle une anecdote. Lors de retraites spirituelles pour jeunes, un de mes confrères leur remettait leur horoscope pour vérifier la fiabilité de ces horoscopes ; et ces jeunes reconnaissaient que l’horoscope leur correspondait bien ! En fait, il s’agissait d’anciens horoscopes !!! Les jeunes étaient scotchés et surtout “bleuffés” !

Les mages

Revenons à l’Évangile de ce jour.

          L’historien Hérodote fait descendre les mages d’une caste sacerdotale chez les Perses ; c’étaient devins réputés, des guérisseurs et astrologues… Sous l’influence du Psaume 71, on y reconnaîtra des rois, au nombre de trois, à cause des trois cadeaux rapportés dans Matthieu : l’or, symbole de la royauté, l’encens qui sert à vénérer Dieu, et la myrrhe, onguent qui sert à l’embaumement des morts, allusion à la passion et à la résurrection du Seigneur.

Au VIème siècle, on les baptisera les mages des noms de Gaspard, Melchior et Balthasar.

Si, au départ, ils viennent d’Orient, en fin de compte, la tradition les fera venir des continents connus à l’époque : Gaspard représente l’Asie, Melchior l’Europe, et Balthazar l’Afrique.

L’évangéliste Matthieu nous fait comprendre qu’ils auront besoin des Écritures pour reconnaître le Messie. Et, en effet, quand l’étoile disparaît, des passages de la Bible prennent le relai. En se prosternant donc devant Jésus, les mages confessent la supériorité de Jésus, Fils de Dieu, sur toutes les sciences occultes!

Enfin, ils regagnent leur pays par un autre chemin ; c’est le signe qu’ils adoptent une nouvelle manière de vivre.

Au fond, les mages représentent ici tous ceux qui cherchent Dieu avec toutes les ressources de l’intelligence et de la sagesse humaine, et qui vont faire un pas décisif grâce à ce qu’on appelle “la Révélation”, la Bible.

Ce sont donc des chercheurs de Dieu, comme Zachée qui “cherchait à voir Jésus…”

L’étoile

          Autrement dit, Dieu a cette délicatesse de se faire connaître à tout homme, toute femme, tout jeune, tout enfant, à toute personne, à partir de ses lunettes, de ses critères, de ses repères, à elle, homme, femme, jeune, enfant !

Dieu est à ta portée : il suffit d’ouvrir les yeux ; les mages qui étaient des astrologues, ont ouvert l’œil, et ils ont été récompensés !

Dieu a utilisé leur langage : ils sont sensibles à des signes du ciel ? Eh bien, à c’est à travers une conjonction d’astres qu’ils en arrivent à interpréter qu’il vient de se passer un événement important, que des non-juifs, des païens peuvent percevoir…

Cela ne veut pas dire que Jésus naît ; donc, Dieu provoque une conjonction d’astres, pas plus que Dieu ne décide : “Tiens, je vais faire tomber malade telle personne, et telle autre, je vais la faire mourir, et celle-là va avoir un malheur” ; cela, c’est la vision des hommes quand ils se construisent des idoles. Et donc, ils se sentent obligés de se préserver des malheurs que les dieux pourraient leur infliger, en les flattant, en se les gardant de leur côté, etc… Voyez comment fonctionnent les mythes grecs…

Dans la religion chrétienne, il en va tout autrement : Dieu encourage, fait aller de l’avant, fait réfléchir : c’est le jeune homme riche qui s’en va tout triste, Pilate qui se posent des questions sur la condamnation de Jésus, Hérode sur Jean-Baptiste, le frère aîné de l’enfant prodigue dont on ne sait pas ce qu’il fera finalement ; que de pages d’Évangile restées ouvertes, restées blanches, pour que nous en écrivions la suite !

Des chercheurs de Dieu

          Frères et sœurs, nous voici invités à “chercher et à trouver Dieu en toutes choses”, comme disait saint Ignace de Loyola. Chaque jour, dans nos vies, dans nos rencontres, dans la prière, Dieu nous fait signe et cela vaut la peine !

Alors, chercheurs de Dieu, dès aujourd’hui, mettons nos pas dans ceux des mages et des amoureux de Dieu de tous les temps ; cherchons Dieu car il se laisse trouver (Is 55,6) !

Oui, “tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi !” (St-Augustin)

 

Luc Vandervaeren sj

 

 

Une prière pour s’offrir au Seigneur

 

Prends, Seigneur, et reçois

toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté !

Tout ce que j’ai et tout ce que je possède, Tu me l’as donné !

A toi, Seigneur, je le rends ; tout est à toi ;

disposes-en selon ton entière volonté !

Donne-moi ton amour et ta grâce. C’est assez pour moi.

Saint Ignace de Loyola (1491-1556)