Homélie de la Fête de la Sainte Trinité

Homélie : Fête de la Sainte Trinité- année A – 7 juin 2020

Feuille de chants afin de pouvoir suivre la célébration.

Lectures : Ex 34, 4b-6.8-9       Dn 3        2 Co 13, 11-13       Jn 3, 16-18

 

Tout peut devenir simple quand on entend les textes d’aujourd’hui : Dieu aime tellement notre monde et chacun de nous personnellement qu’il nous donne son Fils. Si nous croyons en Jésus nous devenons des vivants. Nous sommes vraiment des vivants quand nous nous aimons comme des frères : c’est l’Esprit de Jésus qui nous permet d’aimer ainsi. Ce sont trois histoires en une seule.

La première histoire est une histoire d’alliance entre Dieu et son peuple à la nuque raide comme nous…Quand Dieu voit Moïse monter à l’Horeb avec dans son sac à dos les deux tables de pierre pour que Dieu écrive les 10 commandements : c’est du lourd ! (bien plus que les 8 kg espéré quand on part à Compostelle) Mais Moïse est bien là comme le partenaire choisi par Dieu, conscient de sa fragilité et celle de son peuple souvent indiscipliné et inconscient de la responsabilité qui est engagée dans cette alliance. Or Dieu se présente à la fois comme « Le Seigneur » (çà va être la façon dont les premiers chrétiens vont appeler Jésus ressuscité) le tout Autre, le Différent, mais aussi il est tout proche, et surtout « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » Voilà bien la façon la plus fine d’appeler Dieu en tenant dans la même phrase les expériences les plus extrêmes : Moïse, comme devant le buisson ardent, s’incline jusqu’à terre et se prosterne devant son Dieu qu’il appelle, comme le fera Thomas au matin de la résurrection pour Jésus, « Mon Seigneur ». Cette exclamation amoureuse lui permet de demander trois choses folles:  « Marche au milieu de nous » comme le fera Jésus, l’Emmanuel, Dieu avec nous. « Pardonne nos fautes et nos péchés » : sans cette tendresse-là, on ne peut pas vivre. « Fais de nous ton héritage ! » on sent bien des harmoniques de transmission paternelle et de joie de la filiation… Et voilà Dieu, avec Moïse, engagé dans une histoire qui va se poursuivre de génération en génération et chaque membre de ce peuple pourra s’entendre appeler amoureusement par Dieu « tu es mon peuple !» et il pourra répondre « tu es mon Dieu !»

La deuxième histoire nous est racontée par Jean l’évangéliste avec les Samaritains qui accueillent Jésus pendant deux jours chez eux et qui déclarent : « Nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ! » (Jn 4,42). Ou bien par cette femme prise en flagrant-délit d’adultère et qui entend Jésus lui dire après un immense silence où chacun des accusateurs se retire avec les pierres qu’ils voulaient lui lancer : « Moi non plus je ne te condamne pas ! Va et désormais ne pèche plus » (Jn 8,11). Jean aime à raconter 7 histoires, 7 signes pour nous proposer de croire en Jésus, Fils unique de Dieu : depuis le début du confinement du 15 mars avec les récits de la Samaritaine, de la guérison de l’aveugle de naissance et du la résurrection de Lazare, Jésus nous est présenté comme ‘celui qui donne l’eau vive’ pour nous désaltérer en vérité, comme celui qui est’ la Lumière du monde’ qui est vainqueur de nos ténèbres les plus profondes, comme celui qui est ‘la résurrection et la vie’ et son ‘Père exauce toujours’. Jésus, notre compagnon de route, celui qui nous partage le pain en surabondance, celui qui aime jusqu’à nous laver les pieds…celui qui nous appelle « mon ami » et que nous pouvons appeler comme Thomas « Mon Seigneur et mon Dieu »…A nous de croire en Lui, sans peur, dans la joie, avec le souffle, l’Esprit qu’il nous donne…

La troisième histoire se passe actuellement dans l’Eglise de Notre Dame des Anges…Depuis deux ans, 4 jeunes femmes demandent le baptême et s’y préparent… Nous avons un baptistère au premier tiers de l’église pour les baptiser… Malheureusement, il était encore en ciment brut et nous avons osé demander à Charbel Matta de réaliser un de ses rêves d’artiste engagé au service l’église : créer une mosaïque…Avec la complicité d’André Malnuit, il achète dès l’été dernier ses premiers carreaux noirs et blanc, accepte de rencontrer toutes les personnes pour résoudre les questions techniques, esthétiques et financières. A la Toussaint, Charbel commence son long travail à genoux, avec ses carreaux qu’il casse, découpe, ajuste avec ses tenaille, colle avec soin, cache sous un plastique le soir quand il repart fourbu, ayant mal au dos, les genoux blessés… Il accepte de montrer ce qu’il fait quand on vient parler avec lui de ce qu’il fait… Petit à petit le noir s’éclaircit avec du gris, du bleu nuit, puis le blanc de la colombe s’esquisse, prend toute sa forme avec ses ailes déployées, pour passer des ténèbres à la lumière, vers du jaune, de l’orange et du rouge de la force de l’Esprit. Les catéchumènes viennent le voir travailler, sont arrêtées comme lui par le confinement de plus de 8 semaines. La veillée pascale est annulée, on ne se retrouve que 50 jours après pour la Pentecôte… Et l’on assiste alors à une course contre la montre : les baptêmes sont prévus le 28 juin… Nous croyons et nous prions l’Esprit Saint pour qu’il donne à Charbel la force d’aller jusqu’au bout de son œuvre d’artiste, pour que, les catéchumènes avancent dans la foi pour pouvoir descendre dans les eaux du baptême, pour la communauté chrétienne porte dans la foi celles qui vont naître de l’eau et de l’Esprit Saint…
Voilà trois histoires qui disent quelque chose de la Trinité… Elles sont bien liées les unes aux autres car tout est lié, habité, dynamisé par la présence de notre Dieu Un et Trine… Après un instant de silence où la musique jouée par Tamaki peut nous habiter de cette présence, nous reprendrons les mots de notre foi, ceux définis à Nicée-Constantinople par le Concile en 453…

Claude Charvet sj