Le samedi 21 novembre 2020, Mt 12, 46-50, par P. Claude CHARVET s.j.

Le samedi 21 novembre 2020, Mt 12, 46-50, par P. Claude CHARVET s.j.

 

Qui est ma mère?

 

PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE 21 NOVEMBRE Mt 12,46-50

C’est la fête de la présentation de Marie au temple. Comme Joseph et Marie vont au temple pour présenter Jésus et sont accueillis par le vieillard Siméon, on peut imaginer que Joachim et Anne, les grands parents de Jésus, montent aussi au temple pour présenter leur fille à Dieu : ils l’ont reçue de Dieu, ils la rende à Dieu pour qu’elle cherche toute sa vie à plaire à Dieu, à faire sa volonté…La foi des grands parents, leurs démarches religieuses ont tellement de prix aux yeux de Dieu que les chrétiens orientaux ont fait de la présentation de Marie au Temple une fête importante pour découvrir un peu mieux dans quel terreau s’enracine la foi de Jésus. La démarche de Joachim et Anne, présentée comme un modèle de la vie conjugale, peut devenir aussi une clef de lecture pour comprendre la nouvelle famille dans laquelle Jésus vient nous introduire : la famille des chercheurs de Dieu.

L’évangile de Mt choisi par la liturgie vient en conclusion de deux chapitres où Jésus est confronté dans sa mission d’annoncer le Royaume à des oppositions fortes venant des hommes religieux de sont temps, comme on est confronté dans l’Eglise à des courants différents : les disciples de Jean le Baptiste attendent de Jésus qu’il soit un Juge redoutable qui purifie définitivement le monde de tous ses excès et scandales, les pharisiens n’arrivent pas à sortir d’une conception traditionnelle du permis et du défendu, qu’ils disent avoir reçu de l’ancien temps ; les scribes cherchent dans l’Ecriture les signes qui justifient leurs attitudes pour ne pas les changer…Ces catégories sont encore bien vivantes dans nos églises… Si nous ne veillons pas avec attention, nous pouvons trouver tellement de choses entre chrétiens pour nous opposer dans nos pratiques et nos théories… Mais on voit bien que Jésus ne veut pas se laisser enfermer par ces catégories : il vient pour appeler chaque personne à aller jusqu’au bout de l’exigence qu’il peut entendre pour se mettre à son école, pour aimer avec cette liberté que donne l’Esprit à ceux qui l’invoquent.

C’est là où notre évangile nous ouvre sur un double démarche pour la transmission et l’annonce de l’évangile

  1. « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler» Ces termes familiaux expriment une parenté de sang qui peut, en milieu sémite ou dans certaines cultures, avoir une acceptation plus large : un même village, une même tribu, un même clan… Tout se passerait alors comme si la foi ne se transmettait que par les gênes et le sang, de génération en génération, jusqu’à 1000 générations, comme la promesse…Or, à Nazareth, Jésus ne peut pas faire de miracles car les gens ne voient que son origine humaine, fils de Marie et de Joseph : ils ne veulent pas croire qu’il doit être aux affaires de son Père du ciel. Nul n’est prophète en son pays et dans sa famille… Le sang ne suffit pas pour vivre de Dieu : comme la vie, la foi est un don de Dieu et non pas un dû, elle s’accueille dans une relation personnelle et non pas comme un héritage auquel j’ai droit…Il y a un vrai mystère d’une relation unique avec Dieu qui me fait recevoir ma mère et mes frères comme ceux que Dieu me donne à aimer jusqu’au bout de ma vie…Cette relation ne pourra être vivante que si l’Esprit me donne la liberté et la joie de la recevoir comme un cadeau… malgré les blessures et les conflits. Un travail d’engendrement jamais fini…mais tellement heureux.

 

  1. « Voici ma mère et mes frères : celui qui fait la volonté de mon Père est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Le geste de Jésus, ‘étendant la main vers ses disciples qui font la volonté de mon Père’ inaugure une nouvelle communauté universelle de frères, de sœurs, de mères qui nous sont donnés par le Père. Toute personne qui reconnaît que Jésus est vraiment le Fils bien aimé du Père devient mon frère, ma sœur, ma mère…Toute personne que l’Esprit me permet d’accueillir parce qu’elle est sans abri, de vêtir par ces temps froids, de nourrir parce qu’elle a faim, de visiter parce qu’elle est seule, malade ou en prison, tout homme, toute femme , tout enfant devient mon frère, ma sœur, ma mère, un prochain que Dieu me donne. Marie, la mère de Jésus, ne cessait de garder en son cœur les évènements qu’elle vivait avec son fils, depuis sa présentation au Temple avec Siméon qui le reconnait comme le Salut que Dieu préparait à la face des peuples, quand elle le cherche très angoissée à 12 ans et qu’elle le retrouve qu’après trois jours… Il faut du temps pour comprendre et recevoir ainsi toute vie de la main du Père , y compris son Fils mort…

Alors le chant du Magnificat peut devenir une grande prière où elle exprime sa foi en recevant toute chose de Dieu, elle qui est la mère de Dieu…