Video du Samedi 4 avril 2020, Jean 11, 45-57, par P. Joseph LACRETELLE sj

En ce samedi 4 avril nous sommes à la veille de la grande semaine sainte au cours de laquelle nous revivrons l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem sous les acclamations de la foule avec des rameaux, puis nous revivrons le soir du jeudi où le Seigneur annonçant sa mort prochaine s’est donné en nourriture ; puis sa passion, sa mort, sa résurrection. Et l’évangile de la messe d’aujourd’hui, à la veille de cette sainte semaine, nous donne une des clefs de compréhension  d’une telle mort de Jésus : « Jésus allait mourir pour la nation et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. »

Les grands prêtres et les pharisiens se rendaient compte que Jésus accomplissait des signes, mais ils se trompaient sur la signification de ces signes, sur la signification des paroles et des gestes de jésus. Depuis le début ils  voyaient  en Jésus quelqu’un qui leur faisait ombrage et qui allait les chasser de la place qu’ils occupaient dans l’esprit des gens . Ils sentaient bien que Jésus allait  mettre au jour la fausseté de leur réputation de connaisseurs de la loi, de fidèles interprètes de celle-ci et finalement qu’il allait les détrôner de leur position dominante, que l’ on pourrait qualifier, en langage d’aujourd’hui, de ‘cléricale’ Et à cause de ce culte démesuré qu’ils avaient de eux-mêmes, ils  ne se rendaient pas compte que ce dont jésus faisait signe, ce que Jésus venait inaugurer, ce n’était pas un royaume terrestre à la manière des puissants de ce monde, à la manière des potentats.

Ils ne se rendaient pas compte de cela… Alors, devant l’influence de Jésus ils vont aller trouver l’occupant romain pour lui présenter Jésus comme un rival politique, un rival de la puissance romaine.et obtenir sa condamnation à mort.

Jésus va mourir afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés, c’est-à-dire toute l’humanité divisée par le chacun pour soi, ce chacun pour soi qui ne se soucie pas des autres ;  l’humanité qui ne vit pas en frères et sœurs les uns des autres ; l’humanité qui ne se laisse pas irriguer par l’Esprit saint, qu’elle le sache ou ne le sache pas.

Dans sa mort, Jésus donnant sa vie répand son Esprit saint ; Celui-ci est à l’œuvre avec toute personne lorsque  celle-ci s’ouvre à l’amour les uns des autres ; il est à l’œuvre suggérant au cœur de chacun le désir d’aider son prochain et de créer un monde fraternel et solidaire.

 Au cœur même des moments de grande désolation , comme celui que nous vivons en ce moment  dans le monde, il est important d’essayer de discerner ces chemins d’amour que suscite l’Esprit saint fruit du don de Jésus ; don de Jésus  auquel il nous est proposé de prendre part, humblement. Dans les circonstances actuelles, saurons-nous reconnaitre au milieu des désastres ce qui naît au cœur actuel de l’humanité ? J’emprunte pour dire cela ce qu’écrit le Père Arturo Sosa, supérieur général des jésuites :

«  Quelle partie du chemin vers Dieu l’épidémie du COVID-19 nous montre-t-elle ? (P .Arturo Sosa)

Elle nous montre que nous sommes une seule humanité. Chaque être humain, chaque peuple, chaque culture qui enrichit la diversité humaine fait partie de l’humanité unique, variée, riche et interdépendante…

Elle nous montre comment il est possible de surmonter une crise lorsque nous prenons conscience de l’importance de veiller au bien commun et de prendre au sérieux notre propre responsabilité individuelle. Nous ne pouvons vivre que dans un seul corps. Séparément, pour chaque personne ou chaque peuple seul, c’est impossible.

Elle nous montre qu’il n’y a pas de différence d’âge, de race, de religion ou de statut social au sein du seul corps qui est constitué de la même humanité. Chacun d’entre nous en fait partie, personne n’en est exclu, personne ne peut se passer des autres.

Elle nous montre que nous voulons marcher ensemble. Nous sommes tous concernés, nous nous aidons mutuellement à surmonter nos peurs et nos angoisses, chacun d’entre nous cherche un moyen de donner un coup de main, en commençant par contrôler ses propres désirs et en acceptant de se soumettre aux mesures et aux sacrifices qui nous permettent de contribuer au bien de tous.

Elle nous montre la compétence et la générosité de ceux qui sont en première ligne, qui s’occupent des personnes touchées, qui cherchent des remèdes ou qui prennent des décisions difficiles pour le bien de tous.

Elle nous montre la sensibilité de tant de personnes ou d’organisations et l’énorme réserve de solidarité qui existe chez les jeunes, les adultes et les personnes âgées dans tous les secteurs de la société humaine.

Le Seigneur nous montre la puissance de la foi, les liens solides qui unissent les croyants, l’amour de Jésus Christ qui nous pousse, nous réconcilie et nous unit. Tant de personnes prient ensemble grâce aux médias sociaux. Elles veulent professer leur foi. Cette foi qu’ils ressentent au plus profond de leur cœur et qu’ils ne peuvent garder pour eux. »

Frères et sœurs, demandons donc à l’Esprit saint  de savoir le reconnaître et nous joindre à son action ; et en même temps comprenons que  nous laisser pénétrer par le mystère  de Jésus donnant sa vie pour nous, nous appelle à un combat : un combat pour nous arracher aux forces du chacun pour soi , au culte de notre ‘moi’ avant tous les autres, à la volonté de puissance sous une forme ou sous une autre, au désir de nous passer de Dieu.

Et essayons d’être  à l’écoute de Jésus dans sa passion. Pour cela demandons humblement d’être à l’écoute de son Esprit, en ce temps qui vient.

Dans notre prière personnelle  nous pourrions essayer de Voir l’humanité toute entière actuelle que Dieu aime ;

  • comment d’une part cette humanité tant aimée de Dieu bien souvent se coupe de Dieu, car  secrètement habitée par le replis sur soi.
  • Mais aussi découvrir et contempler l’autre versant : tout ce qui germe, souvent caché, d’amour véritable , autour de nous et dans le monde actuel. Et nous mettre à l’écoute de ce que le Seigneur susurre et suscite en notre propre cœur. Nous rendre attentifs  au combat qui se présente  au cœur de chacun comme en notre propre cœur : combat entre : se préférer à tous les autres au point de créer une société invivable, ou travailler à ce que toutes les relations soient empreintes de l’amour qui vient de Dieu.

Bonne semaine sainte bientôt !

P. Joseph LACRETELLE sj