26ème dimanche du temps ordinaire

26ème dimanche du temps ordinaire – année A – 27 septembre 2020

Lectures : Ez 18, 25-28       Ps 24       Ph 2, 1-11     Mt 21, 28-32

                              Nous vivons ce matin, un évènement assez rare : la bénédiction de la mosaïque du baptistère. Ce geste et les textes nous conduisent à faire mémoire de notre baptême. Je le demande aux confirmands que je rencontre, je vous le demande à tous : quel jour avez-vous été baptisés ? Où avez-vous été baptisés, et qui vous a baptisé ? Pourquoi ces questions ? Car, c’est là le point de départ de notre vie et notre foi aujourd’hui ! Ce sont nos racines ! Les textes s’en font l’écho dans l’Evangile, et chez Paul.

« Un homme avait deux fils ». Magnifique histoire de Jésus. Elle n’est pas racontée par hasard. Avec beaucoup de délicatesse, il nous parle de notre Père des cieux. Un homme avait deux fils Et pourquoi deux ? Pour qu’ils puissent s’aimer entre eux, que ce soit l’amour des deux fils entre eux qui rende gloire au Père. C’est un fondamental de notre foi chrétienne. On ne peut pas dissocier dans notre foi l’amour de Dieu et des proches : enfants de Dieu, donc frères les uns des autres, frères en humanité, quelle que soit la couleur de peau ou la culture. J’y pense voyant devant moi, le Père Rami : nos frères libanais sont dans l’épreuve, j’y pense en cette journée des migrants souvent « contraints de fuir leur pays comme Jésus ». Ce n’est pas seulement nos prières qui rendent gloire à Dieu mais l’amour fraternel, c’est à dire ces liens tissés entre nous. Rappelons-nous chers scouts : la beauté du lever de soleil découvert dans un camp scout me tourne vers Dieu, et je vis cela dans une fraternité scoute qui me marque pour la vie ! Mais revenons au Père. Que dit-il ? « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne ». J’aurais aimé entendre Jésus dire : mon enfant. Jésus plus que tout autre, mesure l’amour du Père : Mon enfant ( c’est dit le jour de notre baptême), en toi, j’ai mis tout mon amour ! Voilà nos racines pour tenir dans la tempête. J’avais été invité à la bar mitsvah (disons profession de foi ) d’un jeune juif. A la fin de la célébration, le père bénit son fils : « il faut que tu saches que quoi qu’il arrive, que tu réussisses ou pas dans la vie, ta mère et moi, nous t’aimons ». Des années après, ce jeune devenu adulte me dit : c’est ça qui m’a aidé à tenir ! Trop de fois, le monde nous dit : je t’aimerai si, si tu as tes diplômes, si tu es en bonne santé, si tu as un compte en banque bien rempli. Le Père nous dit : quoi qu’il arrive, je t’aime, va travailler à la vigne, c’est à dire je te fais confiance, je te confie la maison commune ! Tu en prendras soin. Rappelons-nous lorsque nous étions en primaire, de qui gardons-nous la mémoire ? Sinon de l’institutrice qui nous a dit : vas-y ! Tu vas y arriver ! Qui nous fait grandir ? Ceux qui nous font confiance ! Voilà notre Dieu ! En même temps, il respecte la liberté de ses fils. C’est ce que rappelle Jésus, en évoquant la réponse des deux fils : le père n’écrira pas l’histoire de ses fils à leur place. C’est aux fils d’écrire leur propre histoire. Mais qu’est-ce qu’attend le Papa ? Quel est son grand désir ? Qu’ils disent oui à son amour, en accueillant Jésus, en écoutant Jésus.

                              J’ai lu la semaine dernière les 60 lettres de confirmands adultes. J’y pense en voyant la colombe de l’Esprit dans ce baptistère. Il y a des parcours cahotiques parfois vers le baptême et la confirmation. Tel le plus ancien que j’ai confirmé. Je vois cet homme de 87 ans arriver à la confirmation, avec à côté de lui, un homme du même âge. Je lui demande : qui est ce monsieur ? Mon parrain de baptême est mort depuis longtemps ! Alors, moi qui suis fermier, je suis allé trouver mon propriétaire ; toute notre vie, on s’est fâché sur le montant des fermages. Alors, je lui ai dit : l’un et l’autre, on va bientôt rencontrer Dieu, il faut qu’on se réconcilie, voulez-vous être mon parrain de confirmation ? Belle illustration de la phrase de Jésus : « Les publicains et les prostitués vous précèdent ! », c’est-à-dire Matthieu, Zachée, Marie de Magdala et d’autres.. Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le Royaume ; mais parce qu’ils ont cru à la parole du Seigneur, une parole qui invite à l’amour, à la vie, à la réconciliation. Je suis témoin de ces parcours étonnants de conversion aujourd’hui. Alors, mes frères catéchumènes et confirmands me font regarder autrement ma vie et mes priorités d’évêque.

                                 Ils m’appellent, comme dit l’apôtre Paul, à vivre dans le Christ, à être des amis dans le Seigneur, selon le beau chant du Mej, mais c’est d’abord une parole de St Ignace de Loyola ! Amis dans le Seigneur, vous l’êtes aux CVX, dans les groupes de caté, de mej, de scouts, et tous les groupes paroissiaux. Saint Paul ajoute : « estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ». Curieuse phrase : est ce que chacun de nous doit se dévaloriser ? Surement pas. Le but n’est pas de faire des comparaisons : comparaison, poison ! Le but au contraire est de regarder l’autre avec comme une sorte d’a priori, un regard bienveillant et admiratif. Regarder en lui non pas ce qu’il a, mais ce qu’il est : il est habité par le Christ, par la lumière du Christ. Il est membre du Corps du Christ. Et je m’émerveille des signes de la Présence du Christ dans le coeur des autres, du rayonnement du Christ. Le chant nous demande : risquerons-nous d’être amis dans le Seigneur ? En renouvelant notre profession de foi autour du baptistère, nous redisons au Seigneur, un Oui, oui enthousiaste, généreux, ferme et définitif. Amen

Mgr Jean-Paul James