Célébrations , Homélies et Méditations

6ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A – 15 février 2026

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6ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A – 15 février 2026

Lectures : Si 15, 15-20    Ps 118    1 Co 2, 6-10     Mt 5, 17-37

Nous avons 2 homélies pour ce dimanche : l’une préparée par Georges Cottin , mais nous promulguée car il était malade, et l’autre par Olivier de Framond qui a remplacé Georges Cottin pour la célébration.

1ère homélie

               Nous venons d’entendre trois lectures qui nous parlent toutes trois d’observance des commandements de Dieu et de Sagesse…

               Vous avez peut-être remarqué que ces commandements sont tous sous une forme négative : « tu ne commettras pas de meurtre… Tu ne commettras pas d’adultère… tu ne manqueras pas à tes serments… », à chaque fois complétés par Jésus par toute une liste de ce qu’il faut éviter de faire…comme l’insulte, la convoitise, les promesses non tenues… En cela il est fidèle à l’Ancien Testament qui lui aussi nous signifie ce qu’il ne faut pas faire, à l’exception de deux commandements, « tu respecteras le jour du Seigneur » et « tu honoreras ton père et ta mère ».

               Nous aimerions bien que le Seigneur nous dise ce qu’il nous faut faire plutôt que ce qu’il ne faut pas faire ! Nous aimerions bien des listes d’observances, des rituels, des commandements justement, pour nous y employer et garder l’esprit tranquille. Or ce n’est pas la manière de faire de Dieu. Il nous met en garde contre ce qui peut nous détruire ou faire du mal aux autres, mais il nous invite à la liberté, à l’engagement personnel, à l’exercice de notre conscience. Comme une bonne mère de famille qui apprend à son enfant à faire du vélo mais qui lui recommande de ne pas aller sur la route, de ne pas lâcher le guidon, de regarder dans son rétroviseur… Ce n’est pas un embrigadement, c’est une condition pour la liberté de son enfant.

               Ainsi agit Dieu. Il nous aime trop pour nous dicter une conduite. Il fait appel à notre réflexion, à notre sagesse. Comme s’il nous disait : « je te confie le monde, mais agis en toutes choses avec amour, avec respect, dans un esprit de service. »

               Je pense que c’est ainsi qu’il nous faut considérer notre religion : non pas des consignes à respecter, des rites à honorer, des observances à pratiquer scrupuleusement, mais un appel à répondre librement et avec inventivité à la tendresse que Dieu nous porte. C’est vrai qu’au cours de l’Histoire l’Église Catholique a instauré des règles, les Commandements de l’Église par exemple, mais elles ne sont jamais au-dessus de notre conscience ! Elles ne sont là que pour nous rappeler cette exigence de répondre à l’amour que Dieu nous porte. Jésus tout au long de sa vie parmi nous a beaucoup insisté là-dessus, avec parfois des propos très durs sur le pharisaïsme. « Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi ! »

               Du reste dans la première lecture, le livre de Ben Sira le Sage, qu’on appelle aussi le Livre de la Sagesse, nous avons entendu cette parole : « Dieu a mis devant toi… la vie et la mort… à toi de choisir ! » Est-ce qu’on peut choisir la mort ? Oui si l’on préfère son intérêt à l’intérêt commun, si l’on se désintéresse de l’avenir de la planète, si l’on néglige de se tenir informé, si l’on laisse son voisin se mourir de solitude. Mais si l’on choisit la vie, si l’on choisit ce qui est l’esprit même de l’Évangile, alors c’est un tout autre univers qui s’offre à nous, un monde où la paix peut l’emporter sur la guerre, où la justice peut vraiment s’exercer, un monde tel que Dieu le désire pour nous !

               Nous avons donc à nous interroger sur nos manières de faire : est-ce que je me rends à la Messe dominicale par obligation ou par devoir ? Est-ce que je prie parce qu’il faut prier ? Est-ce que je me confesse parce qu’il faut se confesser ? A quelle liberté le Seigneur m’invite-t’il ? Demandons-lui au cours de cette Messe qu’il nous éclaire là-dessus, qu’il nous fasse voir ce que nous ne savons pas voir, qu’il nous donne la Sagesse pour que nous agissions en vrais chrétiens et non pas servilement.

                                                                                         Georges et l’équipe liturgique Saint Ignace

2ème homélie

Nous sommes interrogés sur la sagesse qui nous conduit, à la lumière de celle de Dieu. Ben Sira remarque une différence avec la nôtre : Dieu ne demande à personne d’être impie, pécheur, ou de choisir la mort ! La personne fidèle qui suit la Loi du Seigneur connaît la joie, chante le psalmiste. Paul, lui, est soucieux de faire découvrir une sagesse tenue cachée, celle de Dieu, qui est autre que celle qui dirige le monde. Le Christ lui a inspiré une autre voie, que Matthieu suggère quand il invite à « entrer dans le royaume des Cieux ».

Trouver une justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens, qu’est-ce à dire ? Ceux-ci sont déjà des perfectionnistes de la Loi. Jésus semble rajouter des exigences aux 643 décrets de la Loi. « Eh bien moi je vous dis » ! Pas de meurtre ? Pas d’adultère ? Pas de faux serments ? Eh bien moi, je vous en rajoute une couche ! Pas de colère contre son prochain, pas d’insulte, pas d’emportement contre lui. Ton œil, ta main, ton pied, te font chuter ? Arrache-les ! Aïe, je suis foutu, bon pour l’Enfer ? … Pas encore. Entrer dans le royaume des Cieux, voici la nouvelle Terre Promise que le Christ pointe, où avancer. « Surpasser » la justice des scribes ne sera pas en faire encore plus. Ce sera de pratiquer la Loi d’une autre manière. Une manière où Dieu sera Quelqu’un pour moi, et qui me fera Le rencontrer en l’autre, le prochain. Le royaume des Cieux caché commence quand je reçois d’aimer comme Dieu aime. Il commence quand il m’est donné de regarder l’autre comme Dieu le regarde, ou quand mes pas vers Dieu et le prochain sont un vrai choix, reçu de Lui. Un « oui » qui soit « oui », comme dans le mariage, ou un « non » qui soit « non » ! La foi nous fait choisir la vie.

Le Christ ne condamne jamais. Si je reste dans la peur « d’être foutu » après une chute, là je stagne dans un Esprit qui ne connaît pas la joie du royaume des Cieux. Jésus ne nous dit que ceci : « accueilles le royaume des Cieux, entres-y, aime, regarde, choisis, comme le Père m’a aimé, regardé, choisi ». Tout le reste vient du Mauvais.

Olivier de Framond, sj